Léon Marchand retrouve les bassins ce vendredi à l’occasion du 200 m papillon. Il y a deux ans, il fédérait tout un pays à l’issue d’une dernière longueur de légende. Un instant de communion rare dans le sport français.
Des moments de communion historique
Réaliser un exploit et rassembler tout un peuple. Dans l’histoire du sport français, les moments d’extase générale et de communion sont rares. Les plus anciens se souviennent encore aujourd’hui du retour triomphal de Marcel Cerdan, en septembre 1948, au lendemain de sa victoire lors du championnat du monde des poids moyens face à Tony Zale. Toute la France a suivi son combat disputé quelques heures plus tôt (le 21) de l’autre côté de l’Atlantique, les oreilles collées aux postes de radio. Quand le bombardier de Casablanca débarque à Orly sur un vol en provenance de New York, c’est l’émeute. La foule grossit un peu plus au moment de sa présentation au balcon de l’Hôtel de ville. Tout le monde veut toucher le boxeur, le champion du monde qui entretient une relation amoureuse avec Edith Piaf.
Plus près de nous, il y a bien sûr les succès de Bernard Hinault sur le Tour de France cycliste, celui du "15" de France (le premier) en Nouvelle-Zélande le 14 juillet 1979 ou la victoire de Yannick Noah, vainqueur de Roland-Garros un beau dimanche de juin 1983. Il y a surtout la victoire de l’équipe de France de football en finale de sa Coupe du monde, le 12 juillet 1998. Et 1, et 2 et 3-0. Zinedine Zidane, aujourd’hui sélectionneur des Bleus, s’affiche sur l’Arc de triomphe. Les Champs-Élysées débordent de bonheur. De mémoire de journalistes, personne n’a plus vu ça depuis la libération du pays en 1945. L’espace d’une journée, la France "black, blanc, beur" est une réalité. Un espoir hélas sans lendemain.
L'exploit de Paris 2024
En tentant le doublé olympique (200 m brasse-200 m papillon) à trente minutes d’intervalle, le 31 juillet 2024, Léon Marchand défie le diable de la natation en personne. Aucun nageur n’a jamais fait ça avant lui. Il réussit finalement l’impossible dans une dernière longueur de papillon irrespirable. L’instant est magique. Sur les autres sites des Jeux de Paris, le temps s’arrête.
Comme Cerdan, comme Zizou, le Toulousain vient d’embarquer toute une nation derrière ses battements d’ailes dans une piscine surchauffée. Bientôt, tous les nouveau-nés s’appelleront Léon. Le gamin ne s’appartient déjà plus. "Je suis fier du travail accompli et… désolé pour tout ce que tu vas traverser maintenant, tu n’en as aucune idée", l’alerte Bob Bowman, son coach. Le technicien a déjà connu ça avec Michael Phelps, l’homme aux 28 médailles olympiques. Au trop-plein de victoires et d’amour succèdent parfois le vide sidéral et la dépression.
Une star toujours adulée
Deux ans plus tard, la Marchand mania n’a pas pris une ride. Le quadruple champion olympique, expatrié aux États-Unis le reste de l’année, ne peut plus faire un pas au pays sans signer un autographe ou poser pour un selfie. Tout le monde veut son petit moment de gloire sur son smartphone. Alors il voyage, beaucoup, quitte à s’entraîner un peu moins. Les grandes marques (Louis Vuitton, Omega, Nike, Porsche…) se l’arrachent. À lui tout seul ou presque, il a rempli le Centre nautique de Saint-Denis, théâtre depuis le début de la semaine des Championnats d’Europe.
Ce matin, Léon Marchand retrouve les séries du 200 m papillon. Le public, privé de sa star depuis lundi (et le relais 4x200 m) en raison d’un souci à un adducteur, a retenu son souffle jusqu’ici. Il rêve d’une nouvelle médaille et pourquoi pas d’un record du monde. Parce que Léon Marchand est unique.



