Huit hommes se préparent à représenter le département lors des championnats régionaux de natation artistique, après seulement une dizaine d’entraînements à la piscine Bertran-de-Born de Périgueux. « Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit », scande Julien en coordonnant les mouvements de ses partenaires. Tous portent le même uniforme et suivent des directives précises. Mais au bord du grand bassin, pas de militaires en vue, seulement huit hommes en slip et bonnet de bain.
Les Duck Vador, une équipe masculine inattendue
Les Duck Vador représenteront la Dordogne, sous la bannière de la Natation artistique Périgueux (NAP), aux championnats régionaux de natation artistique masculine, anciennement natation synchronisée, le dimanche 3 mai à Villenave-d’Ornon (Gironde). Les huit compères s’entraînent à la piscine Bertran-de-Born, au milieu des autres équipes du club.
« On a entendu que le club voulait monter une équipe masculine, explique Olivier. On a eu un premier cours en janvier et on s’est rendu compte que ça prenait bien. Ça a démarré sur un délire et ça s’est formalisé rapidement. » Lui, Hervé, Jason, Julien, Pierre, Kévin, Adrien et Lucas ont convenu avec Hélène Francesini, leur entraîneuse, de se retrouver une fois par mois dans l’eau. À l’approche de la compétition, la fréquence est passée à une fois par semaine.
Un pari gagné pour la coach
« Ils progressent énormément pour des gars qui ont eu dix entraînements en tout et pour tout dans l’année, analyse Hélène Francesini. C’est un niveau débutant mais ils sont capables de produire une chorégraphie. C’est un pari gagné. » C’est elle qui est à l’origine de ce défi. Mariée à l’un des nageurs, Julien, elle a expliqué lors d’un repas entre amis qu’il n’y avait aucune inscription masculine aux championnats régionaux, suscitant l’intérêt.
S’ils ont longtemps cru qu’ils seraient seuls en lice, les Périgourdins ont finalement été rejoints à la dernière minute par d’autres concurrents. « On y va pour gagner quand même, lance Olivier. On est partis pour ça et on apprend, une semaine avant, qu’il y aura peut-être une autre équipe. Ça ne change rien. » Le père de famille de 46 ans, qui a fait pas mal de plongée et d’apnée, a mis un premier orteil dans la piscine grâce à sa fille, licenciée à la NAP.
Une bande de copains entre 35 et 50 ans
Ses compères ont tous entre 35 et 50 ans. Certains se connaissaient déjà avant d’enfiler le même maillot. Pour la plupart, ils se sont embarqués autour d’un verre. Aujourd’hui, les Duck Vador sont avant tout une bande de copains. « La première fois que j’ai vu l’équipe, j’étais persuadé que notre dénominateur commun n’était pas d’être des bons nageurs mais qu’on était tous des pères de famille », avoue Julien. Il a associé le célèbre auteur de la réplique « Je suis ton père » avec un emblème périgourdin pour obtenir un nom qui claque. « On a trouvé moins péjoratif que les canards gras du Périgord », ironise-t-il, avant de réaliser que la majorité n’avait même pas d’enfants.
Chaque séance d’entraînement débute par une répétition hors de la piscine. « Celui qui arrive en retard, on l’affiche », lance Lucas, le blagueur de la bande. Puis place à l’échauffement, au sec, avant que le grand bassin ne se libère. N’ayant pas de créneau attribué, ils partagent les eaux avec les autres équipes. « Des fois, on nous confond avec les sauveteurs », s’amuse le plaisantin.
Un ballet sur une musique rap revisitée en disco
Quand l’heure du grand bain sonne, la troupe reprend son sérieux. Chacun enfile ses oreillettes pour entendre les conseils d’Hélène Francesini sous l’eau : « Plus haut », « c’est trop long », « pas assez gracieux ». Les Duck Vador préparent un ballet sur une musique très actuelle, rap mais revisitée en disco. Interrompus plusieurs fois par les répétitions de leurs homologues féminines, plus expérimentées, ils passent environ une heure dans l’eau par séance. Assez pour observer des yeux rougis par le chlore et des hommes quasiment à bout de souffle. « Je suis rincé, je tire mon chapeau aux filles, je ne sais pas comment elles font. Laissez-moi dormir », confie Pierre, étalé sur le rebord du bassin.
En attendant un éventuel titre régional, la bande ne se fixe aucune limite. « Si les astres s’alignent, pourquoi pas les championnats de France, voire d’Europe », concluent-ils.



