Publicité « Ce n’est pas fin avril qu’on peut annuler un tel événement ! » : le patron d’UTMB raconte le maintien de l’ultra trail... et ménage le suspense pour la suite
Frédéric Lenart, directeur général d’UTMB group, explique à Nice-Matin les coulisses du maintien de l’ultra trail Nice Côte d’Azur fin septembre, malgré la perte du soutien financier de la Ville. Le doute plane sur la suite.
Toujours se relever
Surpris d’entendre le maire de Nice Eric Ciotti annoncer la suppression de trois grands événements sportifs dont l’ultra trail Nice Côte d’Azur, le 23 avril, l’UTMB a décidé de maintenir l’édition 2026 (24-27 septembre), même sans subsides municipaux. Peut-il prolonger l’aventure au-delà ? Cela reste en suspens. Entretien avec Frédéric Lenart, directeur général d’UTMB group, géant de ce sport nature à l’essor exponentiel.
Comment avez-vous réagi aux annonces du maire de Nice ?
Nous comprenons qu’il puisse y avoir des enjeux financiers. Néanmoins, nous voulions avoir l’assurance que l’événement aurait bien lieu. Les services de la Ville se sont mobilisés pour nous rassurer. Nous avons des engagements vis-à-vis des 6.500 coureurs inscrits, qui viennent avec 3.500 accompagnants. Ces personnes ont pris un dossard, réservé pour la plupart leur hébergement et leur transport. Il faut savoir que 89% des inscrits sont des Français hors région Paca ou des étrangers.
Comment avez-vous décidé de maintenir l’édition 2026, même sans la subvention municipale de 650 000 euros ?
En fait, ce n’est pas une subvention mais un partenariat dans le cadre d’un marché public. Le montant net pour nous, c’est 535.000 euros. Nous nous sommes posé la question en interne. Nous avons très vite considéré que nous devions trouver des solutions pour maintenir l’événement, indépendamment des soutiens financiers. Ce n’est pas fin avril qu’on peut annuler un tel événement !
Le maintien des Mondiaux de l’IronMan 70.3 vous a-t-il inspirés ?
Oui, on s’est dit qu’il y avait une ouverture. Et puis, ça a été rappelé par la Ville : « On n’est pas en train de remettre en cause l’événement, juste son financement. » Ce qui n’était pas clair dans la communication initiale...
Quel est le budget de cet ultra trail, et comment est-il financé ?
Autour de deux millions d’euros. Le plan de mobilité représente un budget de 100.000 euros, la production live de la course pour nos diffuseurs plus de 100.000 euros, la sécurité près de 100.000 euros... Près de 50% du budget vient des inscriptions des coureurs, environ 25% de nos partenaires privés, et 25% des partenaires publics.
L’UTMB peut-il encore s’y retrouver financièrement ou cette édition se fera-t-elle à perte ?
L’édition se fera à perte. Le modèle économique sur les événements de trail est relativement fragile. Il y a un contexte qui fait que c’est cher et compliqué d’organiser un événement à Nice. Aujourd’hui, la ville ne rassemble pas les critères pour faire un événement durable sans soutien financier de la municipalité.
Sur quels aspects allez-vous devoir réduire la voilure ?
On va évidemment maintenir la sécurité des coureurs, qui est un élément incontournable. On ne va pas dégrader l’expérience pour les coureurs. Mais on se pose la question, par exemple, de la production du live et de la couverture de l’événement. Il faut quand même savoir qu’il a généré l’an dernier 10,6 millions d’euros de retombées économiques et 2,5M€ en impact médiatique...
Passé cette édition, allez-vous tirer une croix sur Nice ?
Il est trop tôt pour le dire. Nous nous focalisons sur l’organisation de l’édition 2026, nous verrons après. Nous sommes toujours en phase de recrutement d’un millier de bénévoles. Nous entamerons prochainement des discussions avec la municipalité pour envisager les contours de 2027.
Nice et le haut pays ont de beaux atouts à faire valoir pour le trail ?
C’est un très bel événement, qui fonctionne très bien. On va de la montagne vers la mer. Ce territoire attire, présente l’avantage d’accueillir des trails assez tard dans la saison. Il y a une forte demande, et c’est sûr qu’il va falloir qu’on trouve une solution pour accueillir les coureurs.
Y’a-t-il de la place pour deux ultra trails dans le département, avec l’ultra trail Côte d’Azur Mercantour ?
Les deux événements sont pleins. J’ai beaucoup de respect pour le trail organisé par le Département, mais on ne parle pas exactement de la même chose. Nous, on a un événement qui fait partie d’un circuit mondial composé de 64 événements dans une trentaine de pays, avec une couverture médiatique, des partenaires qui viennent... On touche 3 millions de fans et on fait courir 250.000 coureurs par an. Donc, on a une très forte communauté. Cela engendre une forte exposition de l’événement à l’échelle mondiale.



