Tholot et Gourvennec, deux Français au cœur du football suisse
Tholot et Gourvennec, deux Français en Superleague suisse

Une troisième confrontation entre deux anciens Bordelais

Ce samedi marque la troisième rencontre cette saison entre Didier Tholot, l'entraîneur du FC Sion, et Jocelyn Gourvennec, le coach du Servette de Genève. Les deux hommes, qui ont tous deux évolué aux Girondins de Bordeaux - Tholot comme avant-centre et Gourvennec comme entraîneur - se sont déjà croisés le 17 septembre (0-2) et le 31 janvier (3-3).

La particularité du championnat suisse

Cette triple confrontation est caractéristique de la Superleague, le championnat suisse, où les douze équipes se rencontrent trois fois en phase régulière. Une quatrième rencontre peut ensuite avoir lieu pour les six premiers (jouant le titre et les places européennes) et les six derniers (avec enjeu de maintien, barrage et relégation).

À sept journées de cette séparation, la situation des deux équipes diffère sensiblement. Le Sion de Didier Tholot, ancien coach du Pau FC, a solidement pris place dans le wagon de tête. À l'inverse, le Servette de Genève de Jocelyn Gourvennec, dixième après une série de six matchs nuls sur les huit dernières rencontres, vit une semaine décisive pour remonter au classement.

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Deux ambassadeurs français en Suisse

Les deux techniciens français représentent leur pays sur les bancs d'une compétition qu'ils estiment largement sous-cotée en France. « La majorité des clubs s'en sortiraient en Ligue 1 », affirme Didier Tholot sans ambages.

Jocelyn Gourvennec, qui avait étudié le championnat avant son arrivée, explique : « J'avais observé le championnat 2024-2025 car j'avais été proche de signer aux Young Boys Berne à Noël 2024. La particularité est d'avoir trois cultures avec autant de football différents ». Il détaille : une majorité germanique (huit clubs) au jeu ouvert très Bundesliga, direct et physiquement dense ; les Latins avec Sion, Lausanne et le Servette au jeu plus posé ; et Lugano qui se situe entre les deux.

Didier Tholot, un record de longévité à Sion

Didier Tholot connaît particulièrement bien le football suisse. Déjà sur le banc de Sion de 2008 à 2010 puis de 2015 à 2016 - remportant à chaque fois la Coupe de Suisse -, il est revenu à l'été 2023 alors que le club venait de descendre en deuxième division.

« On m'avait fixé trois objectifs : la remontée, sachant que la plupart des équipes reléguées mettent trois à quatre ans. Ensuite se maintenir. Il y avait un désamour avec les gens au stade, et on retrouve les valeurs du Valais : un tempérament corse mais un esprit de travail. Se qualifier pour l'Europe serait maintenant exceptionnel », explique le technicien.

Tholot a battu le record de longévité sur le banc de Sion sous l'ère du tumultueux président Christian Constantin, propriétaire du club depuis 1992. Le précédent record appartenait... à lui-même.

Une relation apaisée avec la direction

« Avec le président, il y a un respect mutuel », souligne Tholot, qui compte l'ancien Palois Noe Sow dans son effectif. « On travaille à trois avec lui et son fils Bart (directeur sportif). La cellule de recrutement est limitée. Ce qui change avec mes précédents passages est la patience. On sait où on veut aller, mais sans brûler du jour au lendemain. Le club a souvent misé sur des grands noms, là on privilégie les jeunes Suisses. »

Jocelyn Gourvennec, une reconstruction à Genève

Sans poste depuis son départ de Nantes au printemps 2024, Jocelyn Gourvennec, qui parle allemand, envisageait initialement une destination outre-Rhin. Il a finalement répondu mi-août à l'appel du Servette, auteur d'un début de saison raté.

« J'avais vécu un été très difficile avec le décès de mon père fin juillet. L'opportunité a été un rayon de soleil pour moi et ma famille », confie-t-il. « J'ai récupéré un groupe impacté, sans possibilité de le modifier en août. On a essayé d'améliorer les choses, sur le plan athlétique, dans la structure d'équipe. On a bien progressé dans les contenus. On est devenu une équipe qui ne perd plus, maintenant on doit réussir à gagner plus. »

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Un projet de construction à long terme

Alors que Tholot est arrivé à Sion accompagné de Benjamin Bertrand (déjà à ses côtés à Pau), Gourvennec a débarqué seul au Servette, une institution particulière chapeautée par une fondation et multisports.

« Le Servette a connu deux faillites, en 2005 et 2015 en repartant de D3. Il vit un renouveau. Sur l'effectif de 26 joueurs, il y avait 10 nouveaux, 7 jeunes qui intégraient. Il fallait que les choses s'ancrent », explique l'ancien coach bordelais, qui a déjà lancé trois joueurs de 18 ans.

« Genève a un bassin de population cosmopolite, avec 50 nationalités. On a une Académie de qualité. Créer les conditions pour qu'ils émergent fait partie de mes missions. »

Deux visions, un même attachement

À Sion, le principal point noir reste selon Tholot « les infrastructures » qui obligent le coach à s'adapter l'hiver. « Tout a été fait sur fonds propres du président. Là, il y a un projet de centre d'entraînement d'ici un an et de stade à l'horizon 2020 avec l'aide de la Commune. Ça bouge. »

Jocelyn Gourvennec s'est engagé jusqu'en juin 2027 avec une année supplémentaire en option. Didier Tholot, qui garde sa maison à Bordeaux où il revient régulièrement, est en fin de contrat.

« Je suis reconnu ici, je prends du plaisir. J'avais dit qu'ici serait ma dernière aventure de coach, je suis serein par rapport à ça », déclare-t-il, se disant attaché « pour toujours au Valais ».

Gourvennec conclut : « À titre personnel, je voulais découvrir un autre cadre de vie et ça me plaît. On voit que les équipes qui ont de la continuité comme Thoune, Sion, Lugano, Lucerne sont au rendez-vous. En France, à part à Guingamp, je n'ai jamais pu travailler sur la durée. »