Depuis son retour dans l'élite en 2020, le RC Lens est sans doute le club français qui a le plus rendu heureux ses supporters, aux côtés du Paris Saint-Germain qui a enfin goûté à la victoire en Ligue des champions. Maintiens rapidement acquis, ferveur inouïe à Bollaert, qualifications européennes et même des saisons hors du commun à jouer le titre : déjà deuxième de Ligue 1 en 2022-2023 après une superbe année sous Franck Haise, emmené par Seko Fofana et Loïs Openda, le Racing a de nouveau surpris le football français cette saison.
Une saison exceptionnelle
Au coude-à-coude pendant plusieurs mois avec le PSG, les Sang et Or restent à six points au classement et, à quatre journées de la fin, remporter le titre relèverait de l'exploit. Mais pour un club qui a traversé comme une ombre la décennie 2010, une qualification en Ligue des champions se savoure, encore plus si elle est sublimée par un titre en Coupe de France. En parallèle de leur belle saison en championnat, les Lensois ont aussi fait le boulot en Coupe de France. Ils ont rendez-vous en finale le vendredi 22 mai au Stade de France pour remporter pour la première fois de leur histoire cette compétition face à Nice.
Joueurs, staff, dirigeants : tout le monde est aligné
Cette dynamique bluffante est le résultat d'une belle synergie au sein du club de l'Artois. Sur le banc, on retrouve Pierre Sage, jeune entraîneur prometteur pourtant débarqué au cours de la saison précédente à l'OL par John Textor. Sans être revanchard, l'ancien dirigeant du centre de formation lyonnais s'est parfaitement adapté au contexte lensois et a su bonifier un mercato brillant.
Dans un entretien accordé à Onze Mondial, l'entraîneur de 46 ans avait livré ses inspirations : « Si je devais parler de trois coachs, je parlerais forcément de Bielsa par rapport à son éthique, par rapport à ce sport-là, par rapport à la vocation de ce sport-là, de ce jeu-là dans notre société, je dirais même sur notre planète. Après, j'aime beaucoup ce que fait Guardiola en termes de jeu, d'innovation, de flexibilité pour répondre à des situations de jeu. Et j'ai beaucoup aimé aussi ce qu'a produit Liverpool avec Klopp sur l'intensité de jeu. »
Un mercato maîtrisé
Florian Thauvin, Samson Baidoo, Robin Risser, Mamadou Sangaré, Matthieu Udol, Odsonne Édouard ou encore Allan Saint-Maximin : derrière ces recrues épatantes qui font chavirer Bollaert se trouvent deux hommes. Benjamin Parrot et Jean-Louis Leca, respectivement directeur général et directeur sportif du RC Lens, ont manœuvré pour donner un second souffle à leur effectif. Après une saison décevante sous Will Still en 2024-2025 et face à la baisse des droits TV, les dirigeants ont décidé de vendre leurs meilleurs éléments au moment opportun, à l'image du défenseur ouzbek Abdukodir Khusanov, cédé pour 45 millions d'euros à Manchester City après seulement six mois plein.
Dans un entretien accordé à Football Mercato, Jean-Louis Leca avait détaillé la méthode lensoise : « On a créé une grosse base de données où il y a beaucoup de joueurs. La stratégie est simple. Quand on sait à peu près qui on doit vendre pour équilibrer les comptes, on se dit "si je dois vendre Neil El Aynaoui et Andy Diouf, forcément, on doit travailler sur des milieux". Comme on a changé d'entraîneur aussi, on doit se poser avec lui pour savoir exactement quels sont ses besoins à l'intérieur de son projet. »
Un modèle sportif réinventé
Pour chapeauter l'ensemble, l'homme d'affaires Joseph Oughourlian se distingue. Le dirigeant d'origine libano-arménienne s'est fait connaître dans le monde bancaire mais aussi les médias. En 2016, il récupère un club à l'agonie, qui a très mal digéré sa première relégation en Ligue 2 en 2008. Gervais Martel, le président emblématique du RC Lens pendant près de trois décennies, avait décidé de céder le club à Hafiz Mammadov. En même temps actionnaire de l'Atlético, il avait la folie des grandeurs mais les actes n'ont pas joint les paroles. Le businessman azéri s'est retrouvé en difficulté dans son pays et les Lensois ont traversé de graves problèmes économiques.
Oughourlian a dû mettre les mains dans le cambouis pour que Lens évite la rétrogradation en National. Mais petit à petit, avec l'affection retrouvée de Bollaert, de la compétence dans l'organigramme et des paris payants sur le terrain, les Sang et Or ont retrouvé leur statut en Ligue 1. La période est idyllique, et le président lensois a annoncé en décembre dernier le rachat du stade à la ville de Lens.
En compagnie de Lille, montré comme l'autre excellent élève du football français pour ses résultats financiers, le RC Lens fait figure d'exemple à suivre. La réinvention de son projet sportif sans pour autant dénaturer son identité a de quoi épater. Les « Corons » de Pierre Bachelet résonnent toujours après chaque mi-temps, tandis que les hommages de la Sainte-Barbe permettent de rappeler le passé minier. Un titre en Coupe de France et une deuxième place confortée pourraient un peu plus sacraliser ces liens très forts entre le public de Bollaert et ses joueurs.



