Alors que se profile le quart de finale entre l'Argentine et la Suisse, cette nuit (3 heures) du côté d'Atlanta, et que Leo Messi s'apprête de nouveau à porter son équipe sur son dos pour se rapprocher d'une possible deuxième finale de Coupe du monde d'affilée, que peut-on encore raconter sur la « Pulga » qui n'ait pas déjà été dit mille fois ? Que ce petit être d'1,69 m bourré de talent, apparu sous nos yeux ébahis au FC Barcelone lors de la saison 2004-2005, a conquis le monde avant de devenir roi en son pays ? Qu'à 39 ans, il réalise une Coupe du monde hallucinante que personne avant n'avait osé rêver ? Qu'il finira probablement sur le podium des meilleurs buteurs du Mondial 2026 ?
Non, cette fois-ci nous avons décidé de faire un petit contre-pied et, à l'occasion du match contre le Cap Vert, qui ne fut pas loin d'être le dernier de l'Albiceleste dans ce Mondial et possiblement le tout dernier du GOAT avec sa sélection, nous sommes allés parler football avec des supporters argentins. Ceux qui ne portent PAS le maillot du numéro 10 et représentent les 0,00001 % (estimation 20 Minutes/Dedo Mojado) des supporters qui garnissent les stades américains depuis plus d'un mois. Ils sont là pour rappeler que, s'ils ont eux aussi un, deux voire dix maillots de Leo dans leur penderie, tout Messi qu'il est, le petit génie du ballon rond ne fait pas une équipe à lui tout seul et ne serait rien sans ses chiens de garde à ses côtés.
De Paul, l'âme de l'équipe
C'est le cas de Yvo, la trentaine, maillot de Rodrigo De Paul sur les épaules. « Je pense que c'est le joueur qui a permis à toute la sélection argentine de franchir un cap ces dernières années, explique-t-il. Pour moi, c'est l'âme de l'équipe, son moteur. Depuis son arrivée en sélection, l'Argentine a tout gagné. C'est le joueur qui compte le plus de matchs sous l'ère Scaloni et c'est une pièce essentielle pour Messi. Messi est un extraterrestre, mais j'ai le sentiment que sans De Paul, il n'aurait pas remporté tout ce qu'il a gagné. »
Autre maillot, autre nom floqué dans le dos, celui d'Enzo Fernandez, et même discours du côté de Cesar, superstar du tatouage en Argentine, le Diego Armando Maradona de l'aiguille, qui compte 650.000 abonnés sur Instagram. Vivant à Miami, il est aussi l'auteur de la célèbre fresque de Messi devant laquelle tout le monde pose en Floride. « J'aime énormément le football et, à mon petit niveau, je joue au même poste qu'Enzo Fernández. J'apprécie beaucoup sa manière de jouer et la façon dont il se comporte sur le terrain. Pour moi, c'est quelqu'un d'exceptionnel qui a beaucoup fait dans les succès récents de l'Argentine », dit-il tout en distribuant des stickers du roi.
« Il ne serait pas champion du monde sans eux »
Ce qui ne l'empêche pas, comme tout Argentin qui se respecte, de vouer un culte à la Pulga, qu'il espère voir jouer la prochaine Coupe du monde. « Qu'il ait 42 ou 43 ans, peu importe, moi je le prends sans hésiter, poursuit-il. Même s'il jouait en numéro 5, même s'il courait moins qu'avant, je le voudrais quand même dans l'équipe. Parce que Messi possède une intelligence de jeu, un QI footballistique, qui est tout simplement unique au monde. »
À quelques mètres de lui, un autre supporter attire notre attention avec son maillot de Gabriel Batistuta sur le dos. « J'adore Messi, j'ai plein de maillots de lui, nous dit-il comme s'il était nécessaire de le préciser avant d'aller plus loin. Mais dans une Coupe du monde, il faut aussi se souvenir qu'il n'y a pas que lui. Derrière Messi, il y a une grande équipe argentine et il ne serait pas champion du monde sans ses soldats autour de lui. » Les soldats, le mot est lâché. Car c'est bien ça que l'on voit depuis plusieurs années, depuis le déclic après la victoire lors de la Copa America 2021 alors que le pays courait derrière un titre depuis trente ans.
Scaloni, « l'autre Lionel », en chef d'orchestre
Si les joueurs sont les principaux artisans de la victoire de l'Argentine en 2022 au Qatar, Messi en tête, personne au pays n'a oublié le rôle qu'a joué Lionel Scaloni dans cette quête mondiale. Surtout pas Johan, la cinquantaine, qui a fait graver le nom du sélectionneur argentin sur son maillot de l'Albiceleste. « C'est une façon de rendre hommage à l'autre Lionel argentin, sourit-il en se dirigeant vers sa tribune, alors que le match contre le Cap Vert va débuter. Si les joueurs autour de Messi ont eu un rôle prépondérant dans la victoire au Qatar, il ne faut pas oublier que beaucoup d'entraîneurs ont eu Messi sous leurs ordres et qu'aucun n'a réussi à le faire s'épanouir comme lui l'a fait. »
Arrivé à la tête de la sélection en 2018 pour repartir de zéro après des échecs répétés en Coupe du monde et en Copa America, Scaloni est celui qui a su transformer cette équipe pour en faire une machine de grinta et de talent, alliant le génie de Messi et l'esprit de guerriers autour de lui. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance comme l'explique Florent Torchut, journaliste et auteur de la biographie Le Roi Leo.
« Le truc avec les jeunes joueurs qu'on a cités, De Paul, Enzo Fernandez, Mac Allister, Julian Alvarez, c'est qu'ils ont tous grandi avec Messi comme idole. Et là où Scaloni a été bon, c'est qu'il a eu l'intelligence de démystifier le personnage en leur disant “oui, il faut le respecter, il faut être à son service, mais il faut aussi créer des liens avec lui que ce soit sur et en dehors du terrain”. C'est à partir de là qu'ils ont arrêté de trop le respecter entre guillemets et qu'ils se sont rapprochés de lui afin de former une véritable équipe. On en voit le résultat aujourd'hui. »
Une équipe animée par une force mentale dingue
Jouer aux côtés de son idole, celle qui vous a fait vous lever de votre canapé, qui est peut-être même la raison pour laquelle vous avez voulu devenir footballeur professionnel, n'est pas forcément une chose si simple à appréhender. Mais force est de constater que cette équipe argentine a réussi à faire de ce risque une force à toute épreuve. Celle-là même qui a conduit, sous la houlette du génie, à renverser le 8e de finale très mal embarqué contre l'Égypte pour atteindre de nouveau les quarts de finale. Qu'on se le dise, ce groupe est animé d'une force de caractère qui dépasse l'entendement et il faudra avoir le cuir solide pour venir contrecarrer ses plans de back-to-back cet été.



