José Tomás, le torero miraculé : quinze cornadas et une légende inoxydable
José Tomás : quinze cornadas et une légende inoxydable

José Tomás, le torero miraculé : quinze cornadas et une légende inoxydable

Laissé pour mort au Mexique en 2010 après une terrible cornada, le torero espagnol José Tomás est revenu sur le sable pour écrire sa légende. Son parcours est jalonné d'épisodes dramatiques et de retours triomphaux, comme à Nîmes en 2012, où il affronte seul six toros avec une maestria qui confine au surnaturel.

Un homme à part, entre vie et mort

L'histoire de José Tomás est une suite de confrontations avec la mort. À Séville, grièvement encorné, il parvient à l'infirmerie et s'excuse de salir le paillasson avec ses mocassins remplis de sable. À Saragosse, le 9 avril 2000, blessé une nouvelle fois, il menace son péon Juan Cubero avec son épée, refusant toute aide. Juan voulait simplement lui faire un garrot avec sa cravate.

Ce soir-là, avec l'envoyé spécial du Monde Francis Marmande, on attend jusqu'à 22 heures à la buvette des arènes, face au bloc opératoire. Le chirurgien Val-Carreres, une sommité qui sauvera plus tard le banderillero Mariano de la Viña en 2019, livre son diagnostic : « Ce type est à part. Il a gardé dans sa cuisse plus d'un litre de sang. Au réveil, il m'a avoué que quand il partait toréer, il laissait son corps à l'hôtel… Vraiment singulier. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le rosaire sanglant des quinze cornadas

Quinze cornadas graves forment le chapelet douloureux de José Tomás :

  • La première en 1994 au Mexique, alors qu'il est encore novillero
  • Deux autres en 1995 et 1996, toujours chez les Aztèques
  • Puis Madrid, Estella, Saragosse, Séville, Santander et Badajoz en 2002
  • Cinq ans d'accalmie avant Linares en 2007
  • Une série en 2008 à Jerez, Madrid, Puerto de Santa Maria et Cuenca

Le 24 avril 2010 à Aguascalientes au Mexique, le cinquième toro de l'élevage de Santiago, nommé « Navegante », met le cap sur sa jambe gauche en fin de faena. La blessure est gravissime : fémorale, veines iliaque et saphène en lambeaux. L'évacuation est un calvaire : six motards jusqu'à l'hôpital, avec un arrêt vital dans un couvent de bonnes sœurs pour une réanimation d'urgence.

Huit litres de plasma sont transfusés après un appel au public pour des dons de sang A négatif. José Tomás sait désormais qu'une nouvelle blessure pourrait lui être fatale. Il fait suivre à chaque corrida des poches de son rare groupe sanguin.

Le triomphe de Nîmes : six toros, un dieu vivant

Le 16 septembre 2012 à Nîmes, José Tomás entre seul dans la légende. Face à six toros, il livre une performance d'une intensité rare. Extraits du compte rendu : « Le dernier muletazo fut le plus sublime. L'épée est dans le corps du toro qui tarde à tomber. José la retire lentement. La cuadrilla s'écarte, il reste seul. D'une minuscule virgule de muleta, il le fait avancer d'un pas et le toro s'écroule. »

Sur les gradins, l'émotion est palpable : des « Vive la mère qui t'a mis au monde ! » auxquels répond un « Vive toutes les femmes ! » Des bannières du Mexique, de Colombie, d'Italie, d'Allemagne s'agitent à chaque vuelta du dieu vivant.

Parmi les 16 000 témoins, l'académicienne Florence Delay, les comédiens Édouard Baer, Denis Podalydès, Pierre Arditi, François Marthouret, le chanteur Eddy Mitchell, les sportifs Bernard Laporte et Vicente del Bosque bomber doucement le torse pour toréer avec lui.

Une saison 2020 contrariée, l'attente de 2021

José Tomás Román Martin soufflera jeudi prochain ses 45 ans. Il était programmé cette saison à Nîmes, à la feria de Pentecôte et à celle des Vendanges en septembre. Covid-19 oblige, tout a capoté. Mais le torero nous attend de ses fermes zapatillas pour la temporada 2021.

Neuf mois d'hôtel pour y oublier son corps et y laisser ses peurs… Le miracle José Tomás continue de s'écrire, dimanche après dimanche, face à chaque toro gracié du Sud-Ouest.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale