Julien Escudé, ancien défenseur international français (13 sélections) et consultant pour Movistar et Radio Marca, livre son analyse détaillée de la demi-finale de Coupe du Monde entre la France et l'Espagne. Formé à Cannes, passé par Rennes, il a évolué six saisons au FC Séville (2006-2012) et vit toujours en Espagne.
Attaque : un net avantage pour la France (65-35)
« Là, il n'y a pas de discussion ! », s'exclame Escudé. « Il y a le Ballon d'or, le meilleur buteur de Liga, le meilleur joueur de Bundesliga… Et puis le statut, c'est une chose. Mais collectivement, ils démontrent à tous les matchs que c'est fluide. Ces joueurs arrivent bien à dézoner, sans postes vraiment spécifiques. Ils se répartissent très bien les rôles et c'est perturbant pour l'adversaire. »
Côté espagnol, le consultant pointe des lacunes : « Depuis le début, l'Espagne n'a jamais eu vraiment ce qui faisait sa force avec Nico Williams, Lamine Yamal qui n'est pas à 100 %. Oyarzabal se déplace bien, mais ce n'est pas un joueur puissant. Baena rentre à l'intérieur, décale… mais ce n'est pas Doué ou Barcola. Devant, l'Espagne manque encore d'aisance si on compare à la France. »
Milieu de terrain : créativité espagnole contre solidité française (49-51)
« Les milieux français sont plus des piliers défensifs », explique Escudé. « On va prendre en compte Rabiot, Tchouaméni et Koné. Ils ont plus un rôle à la récupération et dans les transitions, pour ensuite trouver les 4 offensifs. Ce sont plus des porteurs d'eau, des piliers défensifs. Ils sont dans le registre que leur demande le système, mais ils sont exceptionnels dans ce rôle. Là-dessus, ils sont au-dessus. »
En revanche, « les Espagnols sont plus créatifs, notamment entre les lignes. Ils cherchent le jeu en triangle avec Rodri, Pedri, Fabian Ruiz ou Olmo. Je les trouve supérieurs dans leur capacité à apporter le ballon, dans la variation du jeu, dans les contrôles orientés, dans l'utilisation des espaces, dans la gestion du rythme… ça, je trouve qu'ils le gèrent mieux. Rodri a aussi un rôle de catalyseur devant la défense. Mais ça ne se joue vraiment pas à grand-chose. »
Défense : la France prend l'avantage (60-40)
« Si on prend la ligne de 4 dans son ensemble et qu'on parle de l'aspect purement défensif, je donne quand même l'avantage à la France », affirme Escudé. « La défense centrale Upamecano-Saliba, voire Koundé qui est un ancien central, c'est fiable. Dans le duel, la combativité, l'esprit tactique… Ce sont trois joueurs qui évoluent dans les Tops clubs mondiaux (Bayern, Arsenal et Barcelone). On peut d'ailleurs ajouter Digne, qui est assez constant et sort d'une très belle saison. »
Pour l'Espagne, « les défenseurs ont un apport très différent : Cubarsi peut avoir une meilleure relance que les défenseurs français. Cucurella et Porro, les latéraux, apportent plus que les nôtres, notamment avec de la profondeur. Ils sont beaucoup plus participatifs dans les 25 derniers mètres. L'Espagne a de gros atouts sur l'aspect offensif, mais des gabarits plus petits et moins puissants défensivement… ça peut jouer. »
Gardiens : Unai Simon plus constant que Maignan (40-60)
Escudé émet des réserves sur le gardien français : « Il joue dans un plus grand club qu'Unai Simon (AC Milan contre Bilbao), mais il n'a pas vraiment de récurrence en Ligue des champions et j'ai encore des réserves sur lui. J'attends un match où il arrive à me surprendre. Pour le moment, il a été peu sollicité, la France a subi assez peu de tirs. Des fois, il fait des sorties aériennes avec un seul bras, des gestes un peu acrobatiques… Des attitudes qui lui sont spécifiques. »
À l'inverse, « Unai a de la concurrence : quand on voit les gardiens sur le banc, ça fait peur ! (David Raya et Joan Garcia) Mais il est solide, il n'a pas pris beaucoup de buts (1 seul). De la Fuente n'a pas des grandes stars, mais des joueurs solides et importants pour son vestiaire. Je pense qu'Unai en fait partie. Il ne fait pas d'énormes exploits mais il est constant, relativement bon sur sa ligne et dans les airs… Par contre, il n'a pas les qualités de relance de Raya, qui est à un autre niveau. »



