Les femmes, piliers des tribunes de l'UBB : 30% du public et en hausse
Féminisation des tribunes de l'UBB : 30% de femmes

Le corps féminin pèse lourd dans les rangs des supporteurs du club girondin. Bandes de copines, mamans ou mamies seront encore en force à Bilbao ou Chaban pour la finale le 23 mai. Le vieux Lescure, devenu « Chaban », ne s'imaginait sans doute pas recevoir autant de nanas. Ses concepteurs, non plus, n'avaient visiblement pas anticipé une part si importante de la gent féminine à une époque où le sport était si terriblement mâle. Il faut désormais voir les embouteillages à chaque mi-temps devant les rares toilettes pour dames de l'enceinte pour mesurer l'engouement féminin autour de l'Union Bordeaux Bègles.

Une féminisation croissante du public

Selon le club, entre abonnements et billetterie, les femmes représentent entre 25 et 30 % du public. « On a connu une nette accélération il y a quatre ou cinq ans, en observant deux phénomènes : la venue plus importante de groupes de copines et une dynamique famille : les parents, dont la maman, s'offrent une sortie au stade avec leurs enfants », livre Sébastien Cailly, en charge de la communication. L'arrivée des joueurs, devenue un rituel lors de chaque rencontre à domicile, témoigne de cette féminisation croissante.

Des supportrices passionnées

« On se retrouve toutes devant les grilles, on veut les voir, pire que les mecs ! », sourit Élodie Richard, la présidente des Burdigalais, l'un des clubs de supporteurs de l'UBB. La gouvernance de l'association se décline uniquement au féminin. Plus d'un tiers sont des adhérentes. Dans son bureau, où s'affichent en poster les hommes de Yannick Bru et un portrait de la mascotte Léo, la dirigeante fait les comptes : sur les 231 Burdigalais qui se rendront ce week-end à Bilbao pour la finale face au Leinster, « un bon tiers sont des femmes ».

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Elle a connu l'époque où elles n'étaient pas si nombreuses. Quand en appelant un club adverse, un silence ou une remarque marquaient un certain étonnement : « Tiens, une femme ? » L'ancienne speakerine officielle observe aujourd'hui avec tendresse la bascule et ces jeunes femmes de 18-25 ans, déboulant au stade par bandes de trois ou quatre. « À Chaban, elles apportent un côté spontané, pétillant, estime-t-elle. Elles se sapent […], c'est leur rencard avec l'UBB. »

Une stratégie de mixité assumée

Du rooftop du Ceva Campus, le complexe d'entraînement à Bègles, on peut apercevoir le mercredi après-midi plusieurs fillettes taquiner le ballon ovale avec les garçons à l'école de rugby, dès le plus jeune âge. L'Union Bordeaux Bègles joue volontiers la carte de la mixité, jusqu'à décliner depuis plusieurs années une version féminine de sa mascotte, Léa, que l'on retrouve dans les stades du Top 14. Et même en peluche dans les boutiques officielles, au côté de tout un merchandising ciblant une clientèle plutôt « girly ».

« L'UBB est devenue une marque collective, note Michelle Baudorre. Les filles s'habillent avec des tenues du club pas simplement les jours de match mais au quotidien. » Avec le Stade Français, au début des années 2000, beaucoup de monde a alors découvert qu'on peut faire la fête dans un stade avec une ambiance pacifiée.

Témoignages de supportrices de longue date

Michelle Baudorre, 70 ans, biberonnée au rugby dès sa plus tendre enfance, femme d'un ancien joueur béglais, assiste parfois aux entraînements de Maxime Lucu et ses copains, même quand ils se pratiquent théoriquement à huis clos. Cette dernière a ses entrées. Elle vit Bègles puis l'UBB depuis des décennies et mesure l'intérêt croissant des femmes : « En général, elles venaient au rugby en suivant leur père, leur frère ou leur compagnon, dit-elle. C'est devenu une affaire familiale. On s'y rend tous ensemble. »

La Bordelaise rembobine également les souvenirs du Stade Français, au début des années 2000, lequel avait réussi à attirer de nouvelles supportrices au rugby. « Leur calendrier de l'époque, plein de testostérone et d'admiration des muscles, serait sans doute déplacé aujourd'hui mais beaucoup de monde a alors découvert qu'on pouvait faire la fête dans un stade avec une ambiance pacifiée », explique-t-elle, tout en relevant une autre qualité rugbystique : « En comparaison d'autres sports médiatiques, les joueurs sont plus proches, plus accessibles. »

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Christine Gaube, 67 ans, fille d'un vieux dirigeant béglais (âgé de 102 ans !), ancienne employée d'André Moga, considère toujours l'Union comme une « seconde famille ». Encore une jeune mamie à « 300 % » derrière le club de rugby girondin. Dans ce Chaban plein à craquer, notamment grâce aux femmes, elle y voit également « un effet de mode » : « Cela devient aussi l'endroit où être vu, pense-t-elle. Le jour où l'UBB ira moins bien, on sera beaucoup moins nombreux. » Celle qui fut à « Musard » par tous les temps et de toutes les finales qu'elle énumère (1967, 1969, 1991, 2024 et 2025) se dit « fin prête pour Bilbao ». Dans les starting-blocks pour une deuxième étoile.