Ce dimanche 29 juin, à Rouen, l'Alliance Nîmes-Montpellier des frères Lebrun dispute la finale de ProA contre Hennebont. Un retour vers le passé prestigieux du club montpelliérain, qui avait déjà tenu la dragée haute à Gatien et Levallois dans les années 1990. Dominique Bilbao, le président de l'époque, se souvient de la genèse et des grandes heures du club.
Des débuts modestes à la conquête de l'élite
Dans la salle Alain Achille, son regard couve les tables avec bienveillance dans le bruit assourdissant des balles. Président d'honneur de l'Alliance Nîmes-Montpellier, Dominique Bilbao est l'homme qui a taillé une place de choix au tennis de table dans la jungle du sport de haut niveau montpelliérain. À l'heure où le club – réinventé sous forme d'Alliance avec Nîmes – peut remporter son premier titre masculin, l'ancien président se remémore les débuts.
Quand il débarque dans la préfecture héraultaise en 1970, après avoir grandi à Madagascar puis à Paris, ce passionné de petite balle blanche n'a guère l'embarras du choix pour assouvir sa passion : la seule section de tennis de table se trouvait à l'Occi Kiai, un club de judo situé route de Nîmes. Elle s'est structurée grâce à Georges Daru, puis a fusionné avec Le Crès. C'est sous l'appellation Montpellier-Le Crès que le club grandit et s'éveille à l'ambition, au point de passer dans les années 1990 devant le rival gardois de l'ASPC Nîmes pour installer dans l'élite une équipe masculine et une féminine.
Un trouble-fête face aux clubs parisiens
À l'époque, les élites parisiennes parlaient du Languedoc comme d'un désert pongiste, oubliant que Philou Gatien est né et a grandi près d'Alès. Dominique Bilbao se souvient : « On sentait qu'on dérangeait, et en retour on a toujours eu ce désir de prouver qu'on pouvait rivaliser. » Le club s'est imposé comme la place forte du ping féminin dans la foulée d'un premier titre en 1993. Cette finale à Pontoise contre le Kremlin-Bicêtre reste gravée dans sa mémoire : « Que de sueurs froides ! Daniela Guergueltcheva et Céline Rouvière, deux de nos meilleures joueuses, avaient eu un énorme retard d'avion et avaient failli rater la finale. Wang Xiao Ming Drechou avait disputé et gagné un match en étant enceinte de plus de quatre mois, ce qui avait fait grincer les dents de la présidente du Kremlin. » Vainqueur de son premier titre féminin, le club allait en remporter neuf d'affilée, douze au total jusqu'en 2013.
Les garçons barrés par Levallois et Gatien
Chez les garçons, battus deux fois en finale (1993 et 1994), la marche s'avérera trop haute face à la puissance du Levallois de Gatien. Un prodige cévenol que Dominique Bilbao n'aura jamais pu attirer dans ses filets. « Loulou Nicollin était fou de lui, mais je n'ai jamais osé lui demander un coup de pouce… »
Montpellier marquera quand même l'histoire du sport montpelliérain avec ses garçons en devenant en 2001 le premier club du Clapas à remporter un trophée européen (Coupe Nancy Evans) face à Nevers, avec des joueurs de talent comme le Belge Frédéric Sonnet et l'Italo-Chinois Yang Min, et un entraîneur-joueur nommé Stéphane Lebrun. Exploit réédité en 2003.
La renaissance avec l'Alliance et les frères Lebrun
« C'est vraiment une chance pour le club de compter encore aujourd'hui Stéphane Lebrun comme directeur sportif », souligne Dominique Bilbao, qui a quitté la direction du club en 2001 pour un poste de président d'honneur. Après des années de vache maigre, la renaissance s'est matérialisée par cette improbable Alliance avec le club de Nîmes. « Inimaginable à mon époque, même s'il n'y avait pas la même animosité que dans le foot par exemple. »
Avec les frères Lebrun, le club portait déjà dans sa branche montpelliéraine les gènes de sa réussite. « Je les ai vus naître et grandir, sourit Dominique Bilbao. Quelle famille ! Dominique et Stéphane ont quatre enfants extraordinaires. Alexis et Félix sont bourrés de talent et des ambassadeurs formidables pour notre sport. Leur papa a eu la sagesse extraordinaire de se mettre en retrait et de confier leur progression à d'autres entraîneurs. »
Les deux frangins et leur équipe ont rendez-vous avec l'histoire ce dimanche à Rouen. Et Dominique Bilbao, qui a consacré sa vie au bénévolat sportif (dirigeant de la Ligue régionale et à la FFTT, dirigeant au Montpellier Athlétisme…), s'imposera une longue route pour être sur place : « Ce titre aurait une telle valeur symbolique que je ne le manquerais pour rien au monde. »



