Le plus drôle dans le « fiasco bleu » de mardi, c'est que la plus belle action tricolore est intervenue avant le coup d'envoi, quand Kylian Mbappé est apparu sur les écrans géants du stade de Dallas, le visage fermé et le regard déterminé. En le voyant débouler tel un général sur son cheval blanc, on s'est dit qu'il ne pouvait rien arriver aux Bleus. Sentiment que le début de match avait confirmé, avant que Lucas Digne n'entre en scène pour faire basculer la rencontre dans l'horreur.
Le penalty puis le néant
Le futur latéral gauche du PSG a changé la face de cette demi-finale, mais il n'est pas le seul responsable du naufrage. Le quatuor d'attaque que le monde nous enviait n'a pas été à la hauteur. Michael Olise a débuté par un ballon touché, une passe manquée, un contrôle trop long, etc. Un enfer en terre texane. Son mental à toute épreuve laissait penser qu'il finirait par tout écraser, mais il n'en fut rien. Pire, ses mauvais choix de dribbles ont exposé le milieu aux contres espagnols. On ne comprend pas pourquoi Deschamps a attendu la 72e minute pour le sortir au profit de Rayan Cherki, qui a fait plus en vingt minutes qu'Olise en une heure.
Le Ballon d'or fait pschitt, le Pichichi
Ousmane Dembélé a passé l'intégralité du match sur la pelouse, et on se pince encore pour le croire tant le Ballon d'or 2025 est passé à côté de sa demie. Positionné à droite puis dans l'axe, il n'a pas fait mieux qu'Olise. Quant à Kylian Mbappé, s'il a semblé moins à la ramasse, sa prestation fut pénible. On n'a pas souvenir d'une seule action où l'on aurait pu se lever de son siège. Son coup franc envoyé deux mètres au-dessus de la barre est venu alimenter le compte X "Has Mbappé scored a free-kick?". Le meilleur attaquant tricolore mardi était Bradley Barcola, sans avoir été brillant, mais suffisamment au-dessus des autres.
0,3 xG, pas mal non ? C'est français
Les tirs ? Les chiffres hurlent au loup. Mardi soir, l'équipe de France a battu le record du plus petit ratio d'expected goals de son histoire en Coupe du monde depuis qu'Opta analyse les données (60 ans). Avec des xG à 0,3 (contre 1,63 pour l'Espagne, qui a marqué ses deux buts sur ses deux seuls tirs cadrés), les Bleus n'ont jamais mis en danger la défense espagnole. Une défense qui n'a même pas eu à forcer son talent.
« Quand on fait autant d'erreurs techniques, c'est difficile de poser des problèmes à l'adversaire, a convenu Deschamps après le match. Forcément, si on n'a pas l'expression offensive et technique qu'on a eue jusqu'à maintenant, c'est de notre faute. Face à une telle équipe, il fallait être au maximum. » « Quand vous mettez tout ça bout à bout, les imprécisions techniques et tactiques, ça donne une défaite, a prolongé Mbappé sur M6. C'est une grande déception, mais si on est objectif, on n'a pas mis tous les ingrédients pour aller en finale. »
« Vous avez peur de qui ? Vous avez peur de quoi ? »
Un constat lucide, mais incompréhensible tant Mbappé et ses tontons flingueurs avaient livré une copie presque parfaite depuis le début du Mondial. Comment expliquer que cette armada se soit pris les pieds dans le tapis ? Faut-il y voir un coup de moins bien physique, comme l'avançait Deschamps, ou croire Luis De La Fuente quand il déclarait que « les meilleurs joueurs du monde ont perdu contre la meilleure équipe du monde » ? Il y a sans doute un peu de tout ça. On penche sur une troisième option : une équipe de France arrivée sur la pointe des pieds, avec le trouillomètre à zéro, contre une Espagne dégoulinante de confiance.
Dans le sport de très haut niveau, le doute et la peur coupent les pattes et brûlent les neurones. L'attaque tricolore avait la bonne gueule de celle dont on écrit les épopées, mais il faut rendre une copie parfaite du début à la fin, surtout à la fin. Ce n'est pas la fin du monde, mais on repart des États-Unis avec un gros goût d'inachevé.



