PSG : La banderole de soutien à Hakimi crée la polémique avant son procès pour viol
Banderole de soutien à Hakimi du PSG crée la polémique

Une banderole controversée déployée par les ultras du PSG

Lors du barrage retour de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l'AS Monaco, autour de la 20e minute de jeu, les ultras parisiens ont déployé une banderole exprimant leur « total soutien » à Achraf Hakimi. Le latéral droit du PSG est renvoyé devant la cour criminelle départementale pour un procès pour viol, des faits qu'il nie catégoriquement.

Cette séquence est venue rompre une certaine forme de retenue dans la gestion de crise menée par le club parisien. Cette retenue était notamment incarnée par la sortie laconique de l'entraîneur Luis Enrique lors de la conférence de presse précédant le match. Interrogé sur le sujet, l'Espagnol s'était simplement contenté de déclarer : « C'est entre les mains de la justice ».

La position officielle du club face à l'affaire judiciaire

En interne, comme l'a révélé Le Parisien, le PSG a adopté une stratégie de protection de son cadre de travail. L'objectif affiché est de préserver une forme de sérénité dans l'activité professionnelle du club. Ainsi, les dirigeants ont refusé de modifier le statut de vice-capitaine d'Hakimi en attendant que la justice rende son verdict.

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Cette position s'inscrit formellement dans le respect du principe de présomption d'innocence. Cependant, elle reste discutable au regard des luttes féministes contemporaines. Ces mouvements peinent encore à faire accepter dans les mentalités l'idée d'un « crédit de véracité » en faveur des victimes présumées de viols et de violences sexuelles.

La communication offensive du joueur et la réaction de l'avocate

Le message de « total soutien » des ultras s'inscrit dans une logique plus large d'inversion des rôles. Cette dynamique a été amorcée par la communication offensive du joueur lui-même sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine. Sur la plateforme X, Hakimi a publié un message affirmant attendre avec calme un procès qui permettra, selon lui, que « la vérité éclate ».

Face à cette communication, l'avocate de la plaignante, Me Rachel-Flore Pardo, s'est indignée publiquement. Sur les ondes de franceinfo, elle a rappelé avec force : « C'est ma cliente la victime, pas Achraf Hakimi ». L'avocate a également souligné la lourdeur particulière que représente le dépôt de plainte pour des faits de viols « contre quelqu'un de puissant ».

La complexité de l'affaire loin des caricatures faciles

La tentation du cliché et de la caricature est grande dans ce dossier complexe. Comme l'expliquait il y a trois ans à 20 Minutes Giuseppina Sapio, spécialiste de la médiatisation des violences faites aux femmes, les victimes présumées sont souvent culpabilisées lorsqu'elles ne correspondent pas à l'archétype de la « victime idéale ».

Les éléments de l'enquête révélés par la presse, notamment par L'Équipe et Le Parisien, présentent un tableau nuancé. Ils font état de messages ambigus, de refus d'exploitation de téléphone, mais aussi de la cohérence générale de l'accusation et du témoignage d'autres personnalités comme Kylian Mbappé. En l'absence de certitudes absolues, le tribunal populaire a tendance à puiser dans les éléments qui confortent ses croyances préétablies.

Un climat hostile pour la plaignante et des chiffres qui interrogent

Le jugement des supporters parisiens, exprimé par leur banderole, est sans ambiguïté : pour eux, Achraf Hakimi est victime d'une cabale et mérite un soutien urgent face à une justice qu'ils estiment potentiellement défaillante. Pourtant, cette démonstration publique de soutien contribue à créer un climat hostile autour de la plaignante.

Preuve de cette dynamique, le joueur et son équipe ont immédiatement sauté sur l'occasion pour remercier les ultras de leur soutien via une story sur ses réseaux sociaux. Ce geste, perçu comme maladroit par beaucoup, risque d'alimenter « la peur latente du recours à la justice chez les victimes passées, présentes et futures de violences sexuelles ».

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Les chiffres rappellent une réalité glaçante : selon l'enquête de victimation « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (2024), seules 7 % des femmes victimes de viols, tentatives de viol ou agressions sexuelles déclarent avoir porté plainte.

Une leçon sur le monde du football et le mouvement #MeToo

La leçon la plus importante de cette séquence réside peut-être dans les propos de Me Rachel-Flore Pardo, formulés avant même le déploiement de la banderole. L'avocate a souligné avec amertume : « Si la justice a été dans ce dossier exemplaire, le traitement plus général de cette affaire rappelle une chose : il reste des milieux où le mouvement #MeToo n'a pas franchi le mur du son, avec, en première ligne, le monde du football masculin. »

Il ne s'agit pas ici de condamner prématurément le joueur, mais d'exiger un minimum de décence et de retenue pour permettre à ce type d'affaires judiciaires graves de se dérouler dans un climat serein. Un climat qui ne doit pas empêcher un éventuel acquittement si la justice l'estime juste, mais qui doit surtout éviter d'ajouter une pression supplémentaire et intimidante sur la plaignante. À cet égard, la banderole des ultras, bien que compréhensible dans une logique de soutien inconditionnel à un joueur, n'aurait probablement pas dû exister.