La Fédération internationale de football (Fifa) aurait fermé les yeux sur l'inéligibilité d'un joueur de la République démocratique du Congo, permettant à ce pays de disputer la dernière Coupe du monde, selon une enquête publiée par le journal Le Monde ce mardi.
Un gardien passé par les équipes de France jeunes
Le joueur concerné est Lionel Mpasi, gardien de but du Havre, âgé de 32 ans et international congolais depuis 2022. Or, selon Le Monde, qui a consulté des documents internes de la Fifa, il a disputé au moins cinq rencontres avec l'équipe de France dans les catégories de jeunes, dont certaines lors du Mondial 2011 des moins de 17 ans. Ces sélections auraient dû le rendre inéligible pour représenter un autre pays, selon les règlements de l'instance.
La Fédération congolaise (Fecofa) avait bien entamé en 2021 des démarches pour que Mpasi change officiellement d'affiliation fédérale, mais le processus ne s'est « jamais terminé », selon les juristes de la Fifa. Sa participation au parcours qualificatif des Léopards s'en trouverait donc frauduleuse.
Un recours nigérian resté sans suite pendant des mois
C'est la Fédération nigériane (NFF) qui a soulevé le problème en novembre dernier, juste après avoir perdu face à la RDC en finale des barrages de la zone Afrique. Soupçonnant plusieurs joueurs adverses d'inéligibilité, elle a déposé un recours auprès de la Fifa. Ce dernier est resté sans réponse jusqu'au mois de mars, alors que se profilait le match de barrage intercontinental entre la RDC et la Jamaïque.
Les personnes chargées de ce type de dossiers à la Fifa ont finalement admis, après étude approfondie, que le cas Mpasi était susceptible de poser problème. Elles ont alors conseillé à la Fédération internationale d'ouvrir une « procédure disciplinaire contre le joueur et la Fecofa ». Deux solutions étaient envisagées pour la Coupe du monde : soit la RDC privée de son ultime match qualificatif, soit le retrait de six points dans la course à la Coupe du monde 2030.
Une décision favorable à la RDC malgré les règlements
Malgré son propre règlement et les nombreuses jurisprudences, la Fifa n'a appliqué ni l'une ni l'autre de ces sanctions. La RDC a éliminé la Jamaïque puis s'est hissée jusqu'en 16e de finale du Mondial, où elle a bien failli sortir l'Angleterre (défaite 2-1 sur un doublé de Kane dans le dernier quart d'heure). D'après le récit du Monde, Gianni Infantino, président de la Fifa, et son secrétaire général Mattias Grafström étaient au courant de l'affaire. Ils auraient donc choisi de protéger la Fecofa.
Pourquoi une telle décision ? En résumé, parce que Véron Mosengo-Omba, le président de la Fédération congolaise, est un ami proche d'Infantino. Ce dernier aurait d'ailleurs contribué à le faire élire en lui dégageant le terrain. Depuis, Mosengo-Omba passe son temps à défendre le grand patron. Le Monde conclut avec cette citation du dirigeant de la RDC, trouvée dans une interview accordée au Guardian en août, au moment où le projet de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés a été révélé : « Certains essaient de s'en prendre à Gianni, mais je suis prêt à me prendre une balle pour lui. »