Hélène Hazera, figure trans et voix de la chanson, s'éteint
Hélène Hazera, pionnière trans et voix de la chanson

Hélène Hazera, figure majeure du journalisme et du militantisme trans français, est décédée. Première journaliste ouvertement trans à avoir travaillé dans un grand quotidien national, elle a marqué l'histoire de Libération et de France Culture. Son ami Christophe Martet, ancien militant d'Act Up, lui rend hommage.

Un parcours hors norme, de la provocation au journalisme

Née en 1952 dans une famille de résistants, Hélène Hazera grandit dans le 16e arrondissement de Paris, imprégnée de Genet, Rimbaud et Verlaine. Elle transitionne au début des années 1970 et rejoint le Front homosexuel d'action révolutionnaire, puis les Gazolines, groupe queer et provocateur qui privilégie le happening à la propagande traditionnelle.

« Elles venaient dans les manifs, elles foutaient le bordel », se souvient Christophe Martet. Hélène Hazera revendiquait le rire comme une arme politique, avec des slogans restés célèbres : « Gauchistes, desserrez les fesses » et « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous ». Elle prévenait toutefois Têtu cette année : elle ne voulait pas que sa vie se résume aux années où elle avait « fait la folle ».

De Libération à Act Up, une vie d'engagement

En 1978, Michel Cressole la fait entrer à Libération, où elle chronique la télévision, puis la musique et la chanson pendant plus de vingt ans. Elle devient ainsi la première journaliste ouvertement trans d'un grand quotidien français. « Au début, elle parlait un peu dans le désert », note Christophe Martet.

Séropositive, elle rejoint Act Up-Paris dans les années 1990, prend le mégaphone et contribue à créer la commission trans, avec une attention particulière pour les personnes séropositives et les travailleuses du sexe. Elle-même avait connu la prostitution dans sa jeunesse et n'a jamais cessé de défendre celles qui l'exerçaient. « Aujourd'hui, les nouvelles générations peuvent lui dire merci », estime son ami.

La radio, une seconde carrière

Après Libération, Hélène Hazera produit « Chanson Boum ! » sur France Culture de 2002 à 2017, après « Chansons dans la nuit », faisant découvrir des pans entiers de la chanson francophone, mais aussi des répertoires arabes et arabo-andalous. En 2020, la Scam récompense l'ensemble de son œuvre sonore.

« Ce travail l'a vraiment portée. Elle l'aimait énormément », raconte Christophe Martet. Laure Adler résumait sa singularité dans Le Monde : Hélène Hazera avait « inventé un ton, une nouvelle façon d'interviewer ». Sa curiosité s'étendait aussi au cinéma, avec des rôles chez Adolfo Arrieta et Jean-Luc Godard dans Sauve qui peut (la vie), face à Isabelle Huppert. Quelques mois avant sa mort, le documentaire de Judith Abitbol, Hélène Trésore Transnationale, sorti le 1er avril, tentait de la saisir dans 1h34.

Une mémoire vivace et un héritage multiple

Ces dernières années, sa vue avait fortement baissé, l'empêchant progressivement de lire comme avant. Mais « elle ne s'apitoyait pas sur elle ». Christophe Martet préfère se souvenir d'un mariage où Hélène Hazera était venue avec du riz, malgré l'interdiction d'en lancer : « Elle ne le jetait pas en l'air, elle le jetait presque au visage. Ça faisait presque mal. » Il éclate encore de rire : « C'était Hélène. Elle était un peu casse-tête. C'est aussi beaucoup pour ça qu'on l'aimait. »