Dans le département de la Charente-Maritime, les élus locaux ont la main sur les horaires autorisés pour le jardinage et le bricolage en extérieur. Cette prérogative n'est pas sans difficulté, l'excès de bruit s'avérant souvent un problème majeur au coût social élevé. « La vie quotidienne des habitants de La Ronde est ma priorité. Et le bruit de voisinage est clairement un problème dans notre village comme ailleurs, tout comme le défaut d'élagage des arbres, le stationnement et la vitesse des véhicules dans nos rues ! » déclare Olivier Brdzega, nouveau maire de cette petite commune rurale de l'Aunis, forte d'un gros millier d'habitants, qui se veut « la capitale charentaise du Marais poitevin ».
Un arrêté pour apaiser les tensions
L'un de ses tout premiers arrêtés municipaux vise à lutter contre les ronflements de tondeuse à gazon, tronçonneuses, bétonneuses et autres outils de bricolage à moteur thermique qui mettent à mal la tranquillité publique en échauffant les esprits riverains. « Il fallait faire quelque chose. En un mois et demi, on a déjà reçu plusieurs plaintes pour du bruit », explique le nouvel élu. Certains pointent des nuisances gênantes en dehors des heures a priori autorisées, d'autres expliquent ne pas pouvoir entretenir leurs biens dans un cadre réglementaire trop serré.
L'arrêté du 12 avril rappelle les règles en vigueur depuis 2020 (jardinage et bricolage autorisés du lundi au samedi, de 8 heures à 20 heures) et ajoute un nouveau créneau horaire : le dimanche, de 10 heures à midi. « Évidemment, il n'est pas question d'autoriser les tondeuses dès 8 heures le dimanche. Mais certains habitants, qui travaillent toute la semaine ou qui ont un grand terrain à entretenir, n'ont pas d'autre choix que de s'occuper de leur maison le dimanche… » précise le maire. En revanche, les jours fériés restent sanctuarisés. « Vous imaginez des bruits de travaux alors qu'on dépose une gerbe au monument aux morts ? »
Des disparités entre communes
Le maire ne s'interdit pas d'ajuster le dispositif après consultation de ses concitoyens. D'autant que l'État en Charente-Maritime confie clairement aux élus locaux le soin de décider des horaires. Dans des départements voisins, des arrêtés préfectoraux donnent un cadre, souvent large. En Charente, l'autorisation vaut les jours ouvrables de 8 h 30 à midi et de 14 h 30 à 19 h 30, le samedi de 9 heures à midi et de 15 heures à 19 heures, les dimanches et jours fériés de 10 heures à midi. Mêmes règles en Gironde. En Deux-Sèvres, une nuance : on peut commencer à tondre ou retourner son terrain à la pelle mécanique dès 8 heures, mais il faut avoir terminé à 19 heures.
L'arrêté préfectoral charentais-maritime du 22 mai 2007 se contente, lui, de considérations générales : « les travaux ne doivent pas être effectués à des heures où ils pourraient être gênants pour le voisinage, ni pendant une durée notoirement excessive »… À chacun d'apprécier.
Le coût social du bruit
Les vertus sociales et sanitaires de l'observation de la consigne n'en sont pas moins rappelées. Le Conseil national du bruit, une instance consultative liée au ministère de l'Environnement, évalue le « coût social du bruit en France » à 147 milliards par an. 17,9 % seraient directement à relier au bruit de voisinage, soit 26,3 milliards d'euros.
Dans l'ouvrage sociologique « Ce que voisiner veut dire » (PUF, 2025), Joanie Cayouette-Remblière et Jean-Yves Authier tirent les leçons d'une vaste enquête nationale. Il en ressort que 54 % des conflits portent sur le bruit. « Je le déplore, mais le bruit qui vient des autres est un sujet très conflictuel dans nos communes. Les gens ne se supportent plus, alors qu'on a tous besoin des autres », commente Jacky Quesson, président de l'Association des maires de Charente-Maritime en fin de mandat et maire de Saint-Genis-de-Saintonge.
Concrètement, « on a des plaintes, voir des pétitions à cause des chiens qui aboient, d'un mariage… Mais il n'y a que dans les cimetières que c'est silencieux ! Alors supportons-nous ! » ajoute-t-il. Aux yeux de l'élu saintongeais expérimenté, les édiles sont les mieux placés pour réguler et prévenir les nuisances. Qu'ils gardent la main sur les créneaux horaires autorisés et donc, ceux interdits, « est une bonne chose ».
Des disparités locales
Quitte à créer des disparités importantes d'une commune à l'autre. À Archingeay, par exemple, les bruits de voisinage sont interdits les dimanches et fériés par arrêté municipal. Alors qu'à Soubise, également près de Rochefort, un créneau est disponible ces mêmes jours de 16 heures à 18 heures. À La Rochelle, c'est de 10 à 12 heures. À Saint-Georges-de-Didonne, les plages horaires sont réduites en haute saison touristique (juillet et août). Bref, mieux vaut se renseigner en mairie avant d'avoir des voisins fâchés à sa porte.



