À quelques semaines de la rentrée universitaire, des milliers d'étudiants sont toujours à la recherche d'un logement. Pour ceux qui ne peuvent pas bénéficier d'un garant ou des aides personnalisées au logement (APL), la situation est particulièrement critique. « Je ne sais pas où je vais vivre à la rentrée », confie Léa, 20 ans, étudiante en licence de psychologie à l'université Paris-Cité.
Un marché locatif de plus en plus tendu
La pression sur le marché locatif étudiant est à son comble. Selon les chiffres de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE), le nombre de logements étudiants disponibles a diminué de 15 % en un an dans les grandes métropoles. Les loyers, eux, ont augmenté en moyenne de 8 % sur la même période. « Les propriétaires sont de plus en plus exigeants : ils demandent des garants solvables, souvent avec des revenus trois fois supérieurs au loyer, ce qui est impossible pour la plupart des étudiants », explique Sarah Leclerc, responsable de l'agence immobilière Studimmo à Paris.
Pour les étudiants étrangers ou ceux dont les parents ne peuvent pas se porter garants, la situation est encore plus difficile. « Je suis boursière, mais mes parents ne gagnent pas assez pour être garants. Les banques refusent de me prêter de l'argent pour la caution, et je n'ai pas accès aux APL parce que je suis en colocation non déclarée », témoigne Amina, 22 ans, en master de sciences politiques.
Des solutions alternatives insuffisantes
Face à cette crise, certaines universités et collectivités tentent de mettre en place des dispositifs d'aide. Le Crous propose des logements à des loyers modérés, mais les places sont rares : seulement 10 % des étudiants peuvent en bénéficier. « Nous avons reçu 50 000 demandes pour 5 000 logements disponibles cette année », indique le directeur du Crous de Lyon, Marc Dubois.
Des associations comme l'AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) ou le réseau SOLIHA aident les étudiants à trouver des garants solidaires. « Nous mettons en relation des étudiants avec des particuliers qui acceptent de se porter garants bénévolement. Mais le nombre de volontaires est insuffisant face à la demande », précise Julie Martin, coordinatrice de l'AFEV.
Certaines plateformes privées, comme Garantme ou Cautioneo, proposent des services de caution locative payante, mais leurs tarifs (entre 3 et 5 % du loyer annuel) restent un frein pour les étudiants les plus précaires.
Des conséquences sur la santé et les études
L'absence de logement stable a des répercussions directes sur la santé mentale et la réussite universitaire des étudiants. Une enquête de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) révèle que 30 % des étudiants sans logement fixe déclarent avoir des pensées suicidaires, contre 8 % pour ceux qui ont un logement stable. « Quand on ne sait pas où dormir le soir, on ne peut pas se concentrer sur ses études. J'ai déjà raté des examens parce que je devais chercher un appartement au lieu de réviser », raconte Lucas, 21 ans, en licence d'économie.
Les associations étudiantes appellent à une réaction urgente des pouvoirs publics. « Il faut un moratoire sur les loyers étudiants et un élargissement des critères d'attribution des APL, qui excluent aujourd'hui de nombreux jeunes en situation précaire », demande la FAGE. Le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé la création de 5 000 logements étudiants supplémentaires d'ici 2025, mais la mesure est jugée insuffisante par les syndicats.



