Tests ADN : vers une légalisation en France ? Enquête sur la quête des origines
Tests ADN : vers une légalisation en France ?

Ce mercredi 6 mai, une proposition de loi portée par la députée Renaissance Natalia Pouzyreff pour dépénaliser le recours aux tests ADN va être examinée en commission à l'Assemblée nationale. Chaque année, des milliers de personnes réalisent des tests ADN, une pratique interdite en France, pourtant essentielle pour des personnes nées par PMA, après un accouchement sous X ou adoptées et qui recherchent leurs origines. Une proposition de loi va être discutée ce mercredi en commission à l'Assemblée pour tenter de changer une règle qui apparaît de plus en plus obsolète.

Le parcours d'Isabelle : une quête de vingt-deux ans

Longtemps Isabelle a imaginé son géniteur. Une mâchoire carrée et des bras musclés à la manière d'un acteur de films d'action. Elle colorait mentalement ses cheveux, une fois en brun, une autre fois en blond. Ces pensées l'ont envahie à l'adolescence, depuis le jour où, revenant d'une balade, l'homme qui avait pris soin d'elle toute son enfance a lâché sans crier gare : « Je suis stérile, donc je ne suis pas ton père. » Le temps de reprendre son souffle, Isabelle a compris qu'elle était le fruit d'une procréation médicalement assistée (PMA) avec tiers donneur. L'image de son père biologique a alors commencé à l'obséder.

« Je voulais savoir à qui je ressemblais, je ne cherchais qu'une photo », confie celle qui est devenue directrice d'une agence bancaire. C'est ainsi que, vingt-deux ans plus tard, un soir d'été paisible au tout début du mois d'août 2021, elle voit apparaître le visage d'un homme sur son téléphone. Grâce à un test ADN réalisé à l'étranger, elle a enfin retrouvé son père biologique. « C'est incroyable », dit-elle, encore émue.

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Une pratique interdite mais répandue

En France, les tests ADN récréatifs sont interdits par la loi bioéthique de 2004, qui punit leur utilisation de 3 750 euros d'amende. Pourtant, des milliers de Français contournent cette interdiction en envoyant leurs échantillons à des laboratoires étrangers, notamment aux États-Unis. Ces tests sont souvent utilisés par des personnes adoptées, nées sous X ou issues de PMA pour retrouver leurs origines biologiques. Pour elles, ces tests sont un outil déterminant dans leur quête identitaire.

La proposition de loi de Natalia Pouzyreff vise à dépénaliser ces tests, tout en encadrant leur usage pour éviter les dérives. Elle prévoit notamment un consentement éclairé et la protection des données génétiques. Le texte sera examiné en commission ce mercredi, avant un éventuel passage dans l'hémicycle.

Un enjeu de société

La question des origines est un sujet sensible en France. Les associations de personnes issues de PMA ou d'adoption réclament depuis longtemps une évolution de la loi. Pour elles, l'interdiction actuelle est une entrave à un droit fondamental : celui de connaître ses origines. « C'est une question de dignité et de vérité », estime Maître Sophie B., avocate spécialisée en droit de la famille.

À l'étranger, de nombreux pays autorisent les tests ADN récréatifs, comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou l'Allemagne. En France, le débat est vif entre les défenseurs de la vie privée des donneurs et ceux qui revendiquent le droit des enfants à connaître leurs origines. La proposition de loi pourrait marquer un tournant.

Vers une légalisation encadrée ?

Si la proposition de loi est adoptée, la France rejoindrait le rang des pays autorisant les tests ADN sous conditions. Les laboratoires français pourraient alors proposer ces tests, à condition de respecter des règles strictes : anonymat des donneurs, consentement des participants, et interdiction de divulguer des informations médicales sans accord. Pour les personnes comme Isabelle, cette évolution serait une avancée majeure.

« J'ai retrouvé mon père biologique, c'est incroyable », témoigne-t-elle. Mais elle insiste : « Ce n'est pas une fin en soi. C'est le début d'une nouvelle relation. » La quête des origines ne s'arrête pas à un test ADN, mais elle peut en être le point de départ. Ce mercredi, les députés auront l'occasion de faire un pas vers plus de liberté et de transparence.

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