Rennes : un musicien de rue conteste un arrêté municipal jugé trop restrictif
Rennes : un musicien de rue conteste un arrêté restrictif

Un musicien de rue rennais face à un arrêté controversé

À Rennes, tous ceux qui ont emprunté la rue Le Bastard ont déjà croisé la voix et la guitare de Rodrigue Pailhès. Depuis plus de trente ans, ce musicien anime la principale artère commerçante de la ville, interprétant des classiques de la chanson française, de Renaud à Brassens en passant par Dutronc. Assis sur sa chaise en bois, souvent vêtu du même pantalon et d'une vareuse bretonne couleur brique, il a fait de cette rue son lieu de travail. « C'est mon métier, ce qui me fait vivre tout simplement », confie-t-il.

Depuis une quinzaine de jours, Rodrigue Pailhès doit pourtant se plier à un nouvel arrêté municipal qu'il juge contraignant. Désormais, il est interdit de se produire deux fois sur un même emplacement dans la journée. Les artistes doivent se déplacer de 200 mètres toutes les heures, contre 100 mètres auparavant. « C'est pile la longueur du haut de la rue Le Bastard à la place de la Mairie ! Avant, je pouvais chanter un coup en haut, un coup en bas et je pouvais revenir. Mais là, je ne peux plus chanter qu'une heure dans la journée. Je ne peux plus en vivre », déplore le musicien.

Un arrêté pris sans concertation

Au-delà du contenu, c'est la méthode qui étonne. « Cet arrêté, je l'ai appris dans la presse. Je n'ai eu aucun contact avec la mairie, rien ! Personne n'est venu me voir. Alors que c'est clairement un arrêté qui me vise, parce qu'il y a eu des plaintes contre moi », estime Rodrigue Pailhès. Interrogée, la ville de Rennes confirme avoir reçu des signalements d'habitants et de commerçants dérangés par la récurrence des prestations musicales. « Plusieurs signalements ont pointé le fait que la récurrence de prestations de rue, musicales et sonores en particulier, aux mêmes endroits et aux mêmes moments de la journée, sur des périodes parfois étendues, finissait par nuire à la tranquillité des riverains », indique la municipalité dans une réponse écrite. Le nombre de plaintes n'a pas été communiqué.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une pétition pour faire annuler l'arrêté

Pour tenter de faire annuler ce texte, Rodrigue Pailhès a lancé une pétition. Si le succès reste modeste pour l'instant, les soutiens semblent nombreux parmi les passants. Alertés par les affichettes imprimées par l'artiste, les Rennais expriment leur incompréhension face à une telle décision dans une ville réputée pour sa richesse culturelle et musicale. « Ils sont nombreux à vouloir un peu de musique dans la rue. Des râleurs, il y en a toujours eu. Ce qui est nouveau, c'est que la ville se mette de leur côté en créant un arrêté en leur faveur », regrette l'artiste.

Une verbalisation à venir ?

Publié le 4 mai, le nouvel arrêté est déjà en vigueur. La police municipale est venue rappeler à Rodrigue Pailhès qu'il devait s'y conformer. « On m'a dit que je pourrais être verbalisé. Je ne comprends pas. Pour moi, chanter dans la rue, c'est quand même un métier génial. Je ne peux pas m'imaginer faire autre chose », confie-t-il. La ville affirme vouloir « concilier de manière harmonieuse leur présence et les autres usages et activités des habitants, des bureaux et des commerces ». Mais Rodrigue, lui, ne veut pas se résoudre à laisser béton, comme le chantait Renaud.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale