Quinze ans après son arrivée en France, la cigarette électronique s’est imposée comme un outil de plus en plus utilisé dans les démarches de sevrage tabagique, tout en suscitant encore de nombreuses interrogations sanitaires. La recherche scientifique manque d’éléments concrets sur la composition des liquides qui alimentent les appareils des vapoteurs. Est-il vraiment moins toxique de vapoter que de fumer du tabac ?
Avec 3 millions d’adultes qui vapotent quotidiennement, contre 12 millions de fumeurs de tabac, la cigarette électronique (ou vape) a su trouver son public, le plus souvent dans une démarche de sevrage. Si la toxicité de la cigarette traditionnelle est vérifiée depuis plusieurs années, notamment par la présence de goudron et de métaux lourds, il y a un cruel manque d’éléments relatant la dangerosité de la cigarette électronique. C’est pourquoi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié en février un rapport d’expertise sur les risques que pèse le vapotage à court ou moyen terme sur la santé des usagers. Thibault Mansuy, pharmacien et coordinateur de l’expertise de l’Anses sur les risques liés au vapotage, nous le détaille.
De quoi est composé un liquide de cigarette électronique ?
D’après les relevés de l’Anses et du Petit Vapoteur, leader français du marché de la vape, le liquide de cigarette électronique de 10 ml est composé de cinq éléments de base :
- 80 à 90 % : un mélange de propylène glycol et/ou de glycérol.
- 3 à 15 % : des additifs ou arômes que l’on retrouve essentiellement dans la saveur du liquide, comme le goût mentholé ou fruité.
- 0 à 2 % : de la nicotine, entre 2 et 20 mg/ml.
- Moins de 1 % : de l’eau sous forme déminéralisée pour fluidifier le tout.
- Moins de 1 % : de l’éthanol qui facilite le mélange, intensifie le goût du liquide et favorise le “hit” – réaction de brûler au fond de la gorge comparable à une cigarette traditionnelle.
Au-delà de l’eau, de l’éthanol et des additifs, pourquoi y a-t-il du propylène glycol et du glycérol dans le liquide et à quoi servent-ils ?
Le glycérol est un diluant très utilisé dans l’alimentation car il apporte un petit goût sucré. Quant au propylène glycol, on le retrouve dans beaucoup de choses (les médicaments, la cosmétique, la chimie). C’est notamment une substance à la base des machines à fumée dans les concerts.
Il n’y a donc pas de danger ?
Ce qui va être dangereux, c’est au moment de la chauffe du liquide : à ce moment-là, la substance se dégrade et cela peut former des aldéhydes et former des lésions précancérogènes. Concrètement, plus on va chauffer le liquide, plus on va dégrader le produit. Et dans une autre mesure, plus il y a de substances dans le liquide, plus le profil toxique est potentiellement problématique.
Pourtant, les substances intégrées aux liquides sont soumises à des contrôles ?
Les fabricants ont l’obligation de déclarer les ingrédients qu’ils vont mettre dans le liquide uniquement pour les flacons comprenant de la nicotine. Ensuite, sur les centaines de produits que nous avons observés, on a recensé près de 1 775 substances différentes. Pour 1 400 d’entre elles, on a très peu d’informations car elles n’ont pas été suffisamment étudiées. Près d’une centaine sont des perturbateurs cancérogènes ou endocriniens.
Et lors de la chauffe du liquide ?
Là encore, on se retrouve face à des substances supplémentaires qui n’avaient pas été observées au départ. On parle de métaux lourds ou de nouvelles substances créées suite à la chauffe du liquide initial.
Concernant le risque d’addiction, la cigarette électronique est-elle meilleure que la cigarette traditionnelle ?
La question de l’addiction dépend avant tout de si l’utilisateur possède une cigarette électronique avec ou sans nicotine. La nicotine de la vape est la même que celle de la cigarette conventionnelle. Il y a donc les mêmes effets sur le circuit de récompense, la libération de dopamine et le cycle de la dépendance. Le côté gadget de la vape peut également impacter le public mineur. Le packaging est coloré, les goûts sont fruités.
Le fléau de la vente aux mineurs, pourtant interdite
Interrogé sur le rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) qui fait état d’une augmentation de l’usage quotidien de la cigarette électronique chez les lycéens entre 2014 et 2024, Vincent Durieux, président la Fédération France vapotage, souligne : "La vape et ses produits sont interdits à la vente aux mineurs et les contrôles de ces mesures doivent être renforcés. Nous échangeons régulièrement avec les instances gouvernementales et plusieurs solutions pourraient permettre de remédier à ce problème, par la mise en place de vidéosurveillance ou de contrôle d’identité avancée dans les commerces, comme c’est le cas chez nos voisins allemands."
Contacté par Midi Libre, Vincent Durieux explique également être opposé à la proposition de loi pour un paquet neutre pour tous les produits du tabac et du vapotage déposée le 28 avril dernier par le député Écologiste et Social Nicolas Thierry. Selon lui, "proposer un paquet neutre identique à celui du tabac c’est mettre les fumeurs et les vapoteurs dans le même lot", alors que France Vapotage défend un usage de la vape à visée de sevrage. La fédération, forte de 20 000 emplois et d’un savoir-faire français, soutient qu’"interdire ou taxer" la vape n’est pas la solution à court et moyen terme.



