Portable au lycée : application en ordre dispersé dès la rentrée
Portable au lycée : application en ordre dispersé

L'interdiction de l'utilisation des téléphones portables dans les lycées, mesure phare de la rentrée 2026, entre théoriquement en vigueur ce mardi 1er septembre. Emmanuel Macron doit défendre cette mesure à Mende, dans le cadre d'une politique visant à restaurer la santé mentale des jeunes, certains reconnaissant des temps d'écran allant jusqu'à 15 heures par jour. Cependant, l'application de cette règle se fera à plusieurs vitesses, tous les établissements n'étant pas prêts.

Une mise en place progressive et adaptée

La mise en œuvre de l'interdiction suppose une modification du règlement intérieur, soumise au Conseil d'Administration et parfois au Conseil de vie lycéenne (CVL). Florent Martin, proviseur au lycée Arago de Perpignan et secrétaire académique du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN-UNSA), déplore : "Nous partageons l'enjeu de santé publique mais on nous impose en urgence la mise en place d'une mesure qui aurait pu se faire tranquillement dans six mois. Cette loi promulguée sur un fondement juridique fragile nous expose en outre à tous les recours possibles." Il souligne aussi la nécessité de distinguer les divers publics : majeurs, mineurs, étudiants en BTS, internes.

Le dispositif "portable en pause", instauré l'an dernier dans les collèges, n'avait été mis en place que dans 30 % des établissements et n'a jamais fait l'objet d'un bilan chiffré précis. "C'est encore plus lourd dans un lycée, assure Florent Martin, on ne peut pas se permettre de perdre de longues minutes dans la collecte chaque matin et il faut l'adhésion des jeunes au dispositif à cet âge-là."

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Des mesures concrètes dans les établissements

Au lycée professionnel Georges Frêche de Montpellier, la proviseure Catherine Reboul a anticipé en faisant voter la modification du règlement intérieur avant les vacances. "Chez nous l'utilisation du téléphone sera interdite au CDI et dans les classes dès la rentrée, précise-t-elle. Nous avons prévu une signalétique et des boîtes dans lesquelles chaque élève devra déposer son portable éteint à l'entrée en cours." Des exceptions sont prévues pour les disciplines nécessitant l'utilisation du téléphone. Pour les autres zones, "il sera autorisé à l'extérieur et impossible de gérer dans les couloirs, par manque de surveillants, où on interdit les vidéos et le son". Pour les 270 internes, l'extinction des portables est fixée à 23h.

En cas de non-respect de la règle, le ministère préconise la confiscation du téléphone pour la journée, et en cas de récidive, des devoirs supplémentaires ou des retenues. Catherine Reboul précise : "Je ne suis pas adepte de la sanction systématique, nous sommes d'abord là pour expliquer, responsabiliser. Il y a déjà beaucoup d'interdits. Il faut associer les familles, sensibiliser sur les addictions. On va échanger avec les élèves, essayer de faire une journée sans portable pour voir s'ils sont capables de tenir…"

Des syndicats divisés et des établissements pionniers

L'interdiction divise les syndicats d'enseignants. Jessica Boyer, professeure en lycée à Béziers et vice-présidente académique du Snalc, se dit favorable à la mesure, car "la génération actuelle de lycéens est sans doute la plus dépendante aux écrans". Elle ajoute : "Il n'est pas rare de devoir gérer des problèmes de triche durant un examen avec un téléphone dissimulé." En revanche, Stéphane Audebeau, secrétaire académique du Snes-Fsu, se montre hostile : "Pourquoi cette loi alors que la régulation est déjà faite un peu partout pour ne pas l'utiliser en classe. L'interdire dans tout un établissement est inapplicable quand un établissement fait 3 hectares et que l'on manque cruellement de surveillants."

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Au lycée Lucie Aubrac de Sommières, l'interdiction des téléphones à l'intérieur des bâtiments est expérimentée depuis plus de deux ans. La proviseure Béatrice Hubert explique : "Les élèves restent globalement réticents, il faut discuter, transiger avec eux. Nous avons ainsi accepté un compromis avec une heure d'utilisation autorisée pendant la pause méridienne. Sinon, le risque c'était de les voir tous sortir du lycée entre midi et deux pour contourner le règlement." Le dispositif repose sur la confiance mutuelle : l'élève place son portable dans une pochette qui empêche la connexion, mais le garde dans son sac. "On sait qu'on a sûrement des resquilleurs mais c'est bien accepté et appliqué, on constate plus d'interactions et des effets bénéfiques sur la concentration, assure Béatrice Hubert. Mais il faut que ça s'accompagne d'actions éducatives sur les risques, la connaissance des médias."

Après avoir instauré des jours totalement déconnectés, le lycée envisage "une semaine de lecture et d'examens blancs sans portable". Selon le rectorat de l'académie de Montpellier, 75 % des lycées ont déjà intégré l'interdiction du portable dans leur règlement et sont en mesure de l'appliquer dès la rentrée. Florent Martin conclut : "La difficulté dans cette affaire sera de ne pas fragiliser le lien avec les élèves. D'autant que ça ne va pas forcément résoudre grand-chose car tous les experts disent que la dépendance aux écrans se joue surtout la nuit."