À deux jours de l'éclipse solaire, la plus importante depuis 1999, Toulouse est confrontée à une pénurie généralisée de lunettes de protection. Pharmacies, opticiens et même buralistes de la Ville rose, qui bénéficiera pourtant d'une excellente visibilité sur le phénomène mercredi, sont en rupture de stock. L'affiche placardée sur la devanture de la pharmacie Sorbette, près du palais de justice, ne laisse aucun doute : « Pas de lunettes pour l'éclipse. Désolé. »
Une demande explosive qui a pris tout le monde de court
Dans l'officine du quartier, l'équipe fait face à une déferlante qu'elle n'avait pas complètement anticipée. « On a passé une première commande mi-juillet, mais nous sommes en rupture, glisse-t-on au comptoir. La grosse demande a débuté lundi dernier. On a bien tenté de repasser commande mais elle n'est jamais arrivée : nos grossistes n'avaient plus rien. Est-ce un problème chez les fabricants ? Trop de demandes ou manque d'anticipation ? Avec les rassemblements prévus de Pech-David ou à la Cité de l'espace, la demande a explosé, les fournisseurs ont dû être beaucoup trop assaillis. »
Un peu plus loin dans la rue, même son de cloche dans une autre pharmacie : « On en avait commandé une trentaine. Elles sont arrivées lundi matin et à midi, nous n'en avions plus une seule, commente un préparateur. Plus personne n'en a, c'est une pénurie générale. »
Les retardataires déçus, comme Monique
Sur le pas de la porte, Monique fait la moue en lisant le mot rédigé au feutre noir. Cette grand-mère espérait équiper ses deux petits-enfants pour partager ce moment historique en famille. « C'est dommage. C'est ma faute, je n'ai pas anticipé… J'espère en trouver quand même d'ici mercredi, sinon ils vont être déçus », souffle-t-elle, dépitée.
Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut s'éloigner un peu du centre-ville. À Labarthe-sur-Lèze, à une vingtaine de kilomètres au sud de Toulouse, Alex Peyranne, copropriétaire du magasin Audioptic, dresse le même constat : « Nous n'en avons plus depuis une semaine. Samedi, j'étais à Labège, tous les magasins étaient à sec. L'éclipse a bénéficié d'une grosse couverture médiatique et la demande a grimpé en flèche. »
Même les opticiens qui avaient anticipé sont dévalisés
Pourtant, l'opticien de cette commune de près de 6 500 habitants avait vu venir le coup. « On avait commandé il y a au moins deux mois, entre 500 et 1 000 paires. Dès la fin juillet, les ventes ont décollé, jusqu'à 25 ou 30 par jour sur la fin. On a même dépanné d'autres confrères. Mais aujourd'hui, relancer une commande ne servirait à rien : elle n'arriverait jamais à temps. »
Même dans les tabacs, les stocks sont épuisés. « J'ai vendu des lunettes seules mais il y en avait également dans un magazine scientifique à 9,90 euros. Au début, les clients trouvaient ça trop cher et samedi, j'ai tout vendu, tous les stocks, je n'ai plus rien », explique un buraliste qui voit défiler dans son magasin un cortège de personnes à la recherche de ces précieuses lunettes. « Ils me demandent où en trouver mais on a été dévalisé partout en France. »
Une ultime lueur d'espoir ?
Existe-t-il encore un miracle toulousain ? Après de longues recherches dans les rues de la ville, une affiche redonne un léger espoir sur la vitrine de la pharmacie du Parlement. Un ultime réapprovisionnement y est espéré entre ce lundi après-midi et mardi matin. Seul hic et pas des moindres : la liste d'attente de personnes qui ont réservé ces lunettes très attendues est déjà longue… comme un jour sans soleil.
Que faire pour les retardataires ?
Pour les retardataires, il ne reste plus qu'à espérer un prêt de dernière minute entre voisins ou à se tourner vers les animations publiques équipées de dispositifs de projection indirecte. Car une chose reste certaine : il ne faudra sous aucun prétexte regarder l'éclipse à l'œil nu ou avec des lunettes de soleil. Seules les lunettes de protection spéciales (et introuvables aujourd'hui) certifiées ISO 12312-2 CE sont sécurisées pour vos yeux.



