Lors d’une conférence de presse, Kylian Mbappé a lâché un « les mains dans la merde, oui merci, on en a tous bien chié » qui a fait le tour des réseaux. Loin d’être une simple vulgarité, ces mots sont porteurs d’un sens politique et social, analyse la linguiste Julie Neveux dans une tribune pour Libération.
Une expression qui claque
La phrase, prononcée le 5 juillet 2025, a immédiatement été reprise et commentée. Pour Julie Neveux, maîtresse de conférences à Sorbonne Université, ce n’est pas un hasard. « Le mot "merde" n’est pas qu’une insulte, c’est un marqueur de colère et de solidarité », écrit-elle. Mbappé, en utilisant ce registre, brise le code du discours sportif aseptisé et se rapproche du public.
Un acte politique
La linguiste souligne que le joueur de football, souvent critiqué pour son langage policé, assume ici une parole crue qui le rend authentique. « Il dit ce que beaucoup pensent : le système est dur, on en a tous chié. C’est une forme de contestation », ajoute-t-elle. L’expression « les mains dans la merde » évoque le travail ingrat, la lutte quotidienne, loin des paillettes du football business.
Un écho sociétal
Cette vulgarité assumée fait écho à une époque où la parole se libère, y compris dans les sphères publiques. Julie Neveux rappelle que des études montrent que 70 % des Français utilisent des gros mots dans leur vie quotidienne. Mbappé, en les employant, normalise une expression populaire et la rend légitime. « Il ne s’agit pas de baisser le niveau, mais de reconnaître que la langue vulgaire a une fonction sociale : elle soude, elle exprime la frustration, elle crée du lien », conclut-elle.
Une réaction en chaîne
Les réactions sur les réseaux sociaux ont été immédiates : certains ont salué son franc-parler, d’autres ont dénoncé un manque de respect. Mais pour la linguiste, le débat dépasse la simple question de la bienséance. « Ce qui dérange, c’est qu’un sportif utilise les mots du peuple pour critiquer le système. C’est une forme de contre-pouvoir », analyse-t-elle.
Au-delà de la polémique, cette séquence illustre comment le langage, même cru, peut être un outil politique. Mbappé, en disant « merde », a peut-être fait plus pour la reconnaissance de la parole ordinaire que bien des discours officiels.



