Située entre le quartier des Capucins et celui de la Victoire, la rue Élie-Gintrac à Bordeaux vit au rythme des deals et de l’insécurité depuis plusieurs années. Commerçants et habitants tentent de se réapproprier cet espace, confrontés à un quotidien marqué par le trafic de stupéfiants et les violences.
Un calme trompeur en journée
Aux alentours de 15 h 30, ce lundi 27 avril, la rue semble calme. Seuls quelques étudiants animent la sortie des cours du campus Marne. « Il faut attendre le début de soirée pour que ça commence à être le bazar », confie un riverain anonyme. La rumeur d’un important contrôle policier quelques heures plus tôt a déjà apaisé les tensions. Mais depuis des années, cette artère et ses rues perpendiculaires sont le théâtre quotidien de trafic et de consommation de stupéfiants, de jeux d’argent sur le trottoir, d’agressions et même de rixes mortelles, comme en janvier 2025.
Le désarroi des commerçants
David, commerçant depuis quinze ans, se désole : « Ça a bien changé. Ma fille de 10 ans ne veut même plus venir dans mon magasin. » Il raconte comment des individus cachent de la drogue un peu partout : dans les pots de fleurs, dans un trou de bordure. « Je leur dis de partir, mais ils reviennent toujours. » Comme son voisin marchand de produits exotiques, il tente de les éloigner de sa vitrine avec des moyens de fortune : une rangée de cagettes pour l’un, un simple fil de fer pour l’autre. « Ce n’est pas très vendeur, mais c’est mieux que rien », assume-t-il, en attendant de la nouvelle municipalité une présence policière renforcée.
Des habitants prudents
Amélie, vendeuse dans une boulangerie, n’a jamais eu de problèmes directs, mais évite la rue « en connaissance de cause ». « Si je dois l’emprunter, je mets mon casque et je trace tout droit. » Elle se souvient de son petit ami encerclé par quatre hommes qui voulaient son portable. Elle doute que l’accent sécuritaire du maire Thomas Cazenave soit la seule solution : « Cela va juste déplacer le problème. S’ils partent, ils gêneront ailleurs. »
Marie, étudiante en sociologie, partage cet avis : « C’est un problème d’insécurité, mais aussi de précarité et de vulnérabilité, avec des gens seuls, jeunes et sans toit. »
Des initiatives citoyennes
Certains riverains organisent des actions « coup-de-poing » avec des concerts de casseroles, tandis que d’autres croient au vivre-ensemble. Alexia Sonnois, du collectif Élie ta rue, né en 2020, explique : « La réponse par la sécurité est nécessaire, mais ce n’est pas que ça. Les policiers ne peuvent pas tout faire. » Le collectif défend depuis six ans une approche globale : « Il faut de la sûreté, mais aussi un réaménagement de la rue, des actions de médiation sociale, des activités culturelles et un espace de discussion. »
Le collectif organise des rencontres entre habitants certains dimanches. « Avec du temps, la greffe prend. »
(1) Les prénoms ont été modifiés.



