Grève dans les resto U : le succès du repas à 1 € déborde les Crous
Grève dans les resto U : le succès du repas à 1 € déborde

Les restaurants universitaires sont confrontés à un mouvement de grève mardi 22 septembre 2026, déclenché pour dénoncer le manque de moyens face à l'affluence record provoquée par la généralisation du repas à 1 euro. La mobilisation est maintenue malgré l'annonce, dimanche, du ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, d'une hausse du budget à 143 millions d'euros pour 2027.

Des files d'attente qui s'allongent et des étudiants qui renoncent

« C'est vraiment plus galère que l'année dernière », déplore Camille, étudiante en chimie de 22 ans, qui patiente comme des centaines d'autres devant le restaurant universitaire Châtelet, dans le 5e arrondissement de Paris. « Avant, on mettait 20 minutes pour entrer dans le Crous. Aujourd'hui, ça a doublé », raconte-t-elle. La jeune femme bénéficie désormais chaque jour d'un repas entrée-plat-dessert pour un euro, contre 3,30 euros l'an dernier. Initialement réservée aux boursiers, la mesure a été étendue à tous en mai.

La popularité du dispositif rend pour beaucoup l'accès au restaurant universitaire difficilement compatible avec les emplois du temps. « Quand j'ai une heure entre deux cours, je n'ai tout simplement pas le temps », regrette Enzo Lerozier-Lecos, étudiant à Paris-1 Panthéon-Sorbonne. À peine deux kilomètres plus loin, au campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université, la situation est similaire. « Je passe la majeure partie de ma pause déjeuner à attendre. Et une fois arrivé à l'intérieur, il n'est même pas garanti d'avoir une place assise », s'agace Zarif Ahnaf, 24 ans, étudiant en électronique.

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Des conséquences sur les droits des boursiers et la fréquentation

Résultat, certains étudiants renoncent parfois à profiter du dispositif. « Au final j'y vais moins qu'avant parce qu'il y a trop de monde », reconnaît Camille. « En tant que boursier, j'ai vu une dégradation de mes droits », rapporte de son côté Lucéo Garcin. « Avant, je pouvais bénéficier d'un deuxième repas à 3,30 euros le soir. Cette année, il coûte plus de 8 euros », regrette le jeune homme de 21 ans.

« Ça attire beaucoup de monde mais en même temps il n'y a pas de moyens supplémentaires pour la création d'autres resto U ou pour l'embauche de personnel. C'est un peu contre-productif du coup », souligne Enzo. Pour accompagner la généralisation du dispositif, dont le coût avait été estimé à 90 millions d'euros par an sur l'hypothèse d'une hausse de fréquentation de 10 %, l'État avait prévu une enveloppe de 50 millions d'euros en 2026 afin de compenser le coût réel des repas, recruter plus de 200 agents et financer des investissements. Mais au printemps, le nombre de repas servis a bondi de 22 %, selon le Centre national des œuvres universitaires (Cnous).

Des personnels à bout et des revendications précises

Si les chiffres de la rentrée ne sont pas encore consolidés, les syndicats alertent déjà sur une dégradation des conditions de travail des personnels. L'intersyndicale FO-CFDT-UNSA a déposé la semaine dernière un préavis de grève à partir de mardi pour dénoncer notamment des « sous-effectifs chroniques », des « cadences infernales », « l'épuisement physique et mental des personnels » ou encore des « matériels, équipements et locaux insuffisants ou inadaptés ».

« On ne dit pas que ça ne suffit pas », explique Raymond Rivière, secrétaire fédéral CFDT Éducation Formation Recherche Publiques. « Mais si la fréquentation continue à exploser, forcément, il va y avoir besoin de cet argent pour pouvoir compenser le repas, mais rien pour les personnels. C'est un gros problème. » L'intersyndicale réclame notamment la création immédiate de 500 emplois et des investissements en matériel, équipements, locaux et logistique.

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L'enveloppe budgétaire augmentée pour 2027 vise à financer « une compensation financière après le passage du prix du repas de 3,30 euros à 1 euro », à permettre « aux restaurants universitaires d'investir dans de nouveaux équipements et dans des travaux pour pousser les murs » et « aussi à recruter des personnels si nécessaire », a détaillé le ministre dans les colonnes de Ouest-France. Pour Manon Moret, secrétaire générale de l'Unef, les moyens supplémentaires arrivent trop tard. « La création de structures aurait dû être lancée dès les premières annonces, début 2026 », estime-t-elle.