À Nice, des milliers de jeunes manifestent contre l'extrême droite
Nice : des milliers de jeunes contre l'extrême droite

Ce samedi 31 octobre 2026, l'acte III du mouvement national contre la vie chère a réuni à Nice un imposant cortège, majoritairement composé de jeunes très politisés, sans incident majeur. La manifestation, déclarée en préfecture, s'est déroulée dans un climat social et politique tendu, mais sans heurts ni gaz lacrymogène.

Selon les organisateurs, ils étaient 9 000 manifestants, tandis que la préfecture des Alpes-Maritimes en a compté 4 200. « Même nous, nous sommes surpris par l'ampleur », réagit Jordan Mandelli, secrétaire général de Solidaires 06, qui a déclaré la manifestation. L'objectif était de « rassurer tous les manifestants, leur permettre de s'attrouper sans se faire gazer systématiquement, et déambuler de manière un peu plus sereine ».

Un « cocktail social détonant »

Avant l'initiative de Sud Solidaires, un appel à un « cortège d'Halloween » circulait sur les réseaux sociaux. Syndicats, « gilets jaunes », étudiants, lycéens : toutes les colères composaient un « cocktail social un peu détonant », constate Jordan Mandelli. « Le gouvernement a réussi à mettre tout le monde d'accord : ceux qui luttent contre la vie chère, la jeunesse qui a ses propres revendications, ceux qui déambulent pour une meilleure justice sociale et fiscale… »

La mobilisation de manifestants jeunes et très politisés, de gauche sociale ou extrême, vent debout contre la montée de l'extrême droite et la répression policière, sautait aux yeux. Stanislas, en classe prépa au lycée Masséna, et Louise, en fac de droit à Marseille, 18 ans chacun, brandissaient des pancartes « ACAB » et « La République en marche vers la dictature ». Ils manifestaient « pour [leurs] droits, pour la République qui va mal, pour les services publics, pour le pouvoir d'achat des salariés… »

« Antiraciste à l'extrême »

Elisa, 24 ans, et son beau-père Marc, 66 ans, avaient sorti leurs plus belles coiffes de sorciers. « Je ne veux pas qu'ils touchent à ma retraite, et je veux qu'ils améliorent l'avenir des étudiants », invoque le sexagénaire. Cet « antiraciste à l'extrême » brocarde surtout « le RN, ses alliés, ses relais ». Marc se tourne vers sa belle-fille : « Moi, je n'ai pas connu le fascisme. Et j'espère vous éviter ça. »

Le samedi précédent, Elisa s'est retrouvée « au milieu de la bagarre » qui a éclaté à deux rues de là, avec des militants apparentés pour certains à l'ultradroite. Dans le cortège, ces violences sont dans tous les esprits, tout comme l'attentat raciste du 23 octobre à Trappes et La Verrière. Karim, 21 ans, étudiant en info-com à Nice, dénonce « les discours qui arment les meurtriers ».

L'ombre de Trappes

De Masséna au port Lympia, les slogans donnent le ton, volontiers Insoumis, du « Siamo tutti antifascisti » à « La jeunesse emmerde le Front national ». Plusieurs pancartes ciblent la chaîne phare du groupe Bolloré - « Trop de CNews rend Cnile », une autre associe « Des prix qui explosent, des discours qui divisent ». « Le racisme tue. Les crimes racistes et islamophobes ont choqué toute une partie de la population, notamment des jeunes, sans véritable réponse de l'Etat », décrypte David Nakache, du collectif « Tous citoyens ! ».

Pour David Nakache, nombre de jeunes ont rejoint le mouvement lycéen « à cause de la répression policière. On est en train de politiser toute une génération. Peut-être aussi que des jeunes arrivent en âge de se politiser à un moment où il y a une dislocation de la culture de l'Etat. Et ça, la jeunesse le comprend et le ressent. »

« Pour nos petits-enfants »

Ce samedi, nulle charge de CRS, ni grenade lacrymogène. Le cortège s'est étiré jusqu'au bord de mer dans le calme. Suivant la consigne du Président Macron, la préfecture des Alpes-Maritimes avait validé un parcours « alternatif », qui évitait une avenue Jean-Médecin convalescente. Jean-Louis Heudier, ancien astronome de 82 ans, et sa femme France, 83 ans, ont défilé : « Ces manifestations, on les a faites pour nos enfants. Et maintenant, pour nos petits-enfants. »

Une foule dominée par des milliers de jeunes fortement marqués à gauche. Jordan Mandelli sourit : « C'est une belle balayette à tous les clichés sur la Côte d'Azur ». Et peut-être, le signe que des élections approchent.