Paris : des milliers de personnes contre le racisme après l'attentat des Yvelines
Paris : mobilisation contre le racisme après l'attentat

Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi soir place de la Bataille-de-Stalingrad à Paris, à l'appel de syndicats et d'associations, pour dénoncer le racisme après l'attentat des Yvelines qui a fait un mort vendredi 23 octobre. Parmi elles, Shay, 21 ans, participait pour la première fois à ce type d'action.

Le tireur présumé, de retour en garde à vue lundi soir, conteste tout mobile raciste. Il avait pourtant reconnu lors de son interpellation avoir visé des personnes « noires » ou « arabes », lors d'un périple meurtrier à Trappes et La Verrière, destiné à venger les « commerçants » victimes de pillages en marge de la manifestation du 17 octobre.

Des témoignages de peur au quotidien

Sur sa pancarte, Shay a recopié les paroles d'une chanson de Tupac, reprises par le mouvement Black Lives Matter : « The hate you give to little infants fucks everybody ». « La haine que le gouvernement donne aux jeunes générations, et à la société en général, c'est ce qui leur explose ensuite à la figure », résume l'étudiante.

Émue par l'attentat de Trappes, cette Antillaise a tenu à être présente pour dénoncer le racisme qu'elle subit au quotidien. « Dans la vie de tous les jours, j'ai peur quand je croise la police ou des forces de l'ordre », avance-t-elle. La voix brisée, elle ajoute : « J'ai des petits frères noirs et je sais qu'à n'importe quel moment de leur vie ils pourraient être contrôlés par la police sans aucune raison et être tués par celle-ci ».

John, un danseur d'origine brésilienne, confie : « Je ne me sens plus en sécurité en France alors que c'est une terre qui m'avait accueilli. On peut sortir de chez nous et se faire tuer. » Il s'alarme de la banalisation des discours haineux et de leur diffusion : « Les gens sont plus à l'aise avec le sujet, ils se permettent de dire des choses vraiment déplacées et sur les plateaux télé, de ne pas respecter les gens à cause de leur couleur, de leur culture. Le fait qu'on laisse passer ça à la télévision, c'est juste inacceptable. »

Les médias pointés du doigt

Sur l'estrade, syndicats, associations et politiques pointent la responsabilité des médias qui diffusent des discours d'extrême droite et « arment la population avec des idées dangereuses ». Camille, une entrepreneure, est venue avec un sac rempli de pancartes « CNews tue ». « Les discours qui y sont diffusés ont été la source de la montée de tensions que l'on vit depuis plusieurs mois, observe-t-elle. Je suis noire et j'ai un adolescent noir qui m'explique qu'il ne se sent pas en sécurité à l'extérieur. »

Camille s'indigne aussi du traitement des pillages en marge des manifestations du 17 octobre, surreprésentés dans certains médias selon elle, et s'inquiète de voir infuser des idées d'extrême droite dans son entourage : « De plus en plus de proches commencent à avoir petit à petit des discours beaucoup plus ouvertement racistes. Pas plus tard qu'hier soir au cours d'une conversation, je me suis demandé s'il fallait changer d'amis », confie-t-elle.

La présidentielle au cœur des craintes

La présidentielle préoccupe particulièrement les participants, avec la crainte que Marine Le Pen et le Rassemblement national arrivent au pouvoir. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, appelle « à prendre conscience de la gravité du moment, de l'imminence du danger et du péril qui pèse sur la République française ». Pour lui, les discours d'extrême droite « ont armé la main du terroriste ». « Bardella et son parti ont placé une cible sur l'ensemble de la ville de Trappes et de ses habitants », accuse-t-il, appelant à un retour du cordon sanitaire.

Camille aborde 2027 avec crainte : « Ça me fait extrêmement peur, je me pose la question de comment et dans quel cadre vivre en France si on est gouvernés par l'extrême droite, admet-elle. Je ne suis pas sûre d'accepter de vivre dans ces conditions. »

Tressy Ladji, de l'association SOS Racisme, pointe des « discriminations alarmantes et frontales », renforcées après les élections européennes de 2024, qui ont vu le Rassemblement national arriver en tête des votes. « Notre standard a explosé de gens qui nous alertaient pour nous signaler des agressions, des propos racistes qui se sont libérées dans la société », relate-t-elle. « Il faut mettre un point d'arrêt au fléau du racisme dans notre société, qui infuse par la voix de responsable politique d'extrême droite ou de personnages politiques qui vont courir après les idées d'extrême droite en pensant que c'est ce que les Français veulent », poursuit-elle, rappelant : « Le racisme produit toujours de la violence, de la discrimination et dans le pire des cas, tue, comme à Trappes. »