Doomchessing : la toxicomanie des échecs qui envahit les conversations
Doomchessing : la toxicomanie des échecs en société

Le phénomène du doomchessing, contraction de doomscrolling et d'échecs, désigne la pratique compulsive consistant à jouer aux échecs sur son smartphone, y compris au milieu d'une interaction sociale. Selon une enquête du Monde, cette nouvelle forme d'addiction numérique toucherait environ 15 % des joueurs réguliers en ligne, soit plusieurs centaines de milliers de personnes en France.

Une pratique qui isole socialement

Les témoignages recueillis par le journal montrent que le doomchessing peut se produire lors de dîners, de réunions de famille ou même au travail. Un joueur interrogé, Paul, 34 ans, explique : Parfois, au milieu d’une conversation, je commence à jouer. Je n’arrive pas à m’arrêter, c’est plus fort que moi. Cette incapacité à décrocher reflète un mécanisme d'addiction similaire à celui observé pour les jeux vidéo ou les réseaux sociaux.

Un engouement dopé par les applications

L'essor des applications d'échecs comme Chess.com ou Lichess, qui proposent des parties rapides de quelques minutes, a favorisé cette pratique. En 2025, Chess.com a enregistré plus de 500 millions de parties par mois dans le monde. La facilité d'accès et le système de classement en temps réel créent une boucle de récompense immédiate, propice à la dépendance. Selon le psychiatre Jean-Michel Delile, spécialiste des addictions : Le cerveau est stimulé par la compétition et la résolution de problèmes, ce qui libère de la dopamine. Le joueur cherche à reproduire cette sensation, même en contexte social.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des conséquences sur les relations

Les proches des joueurs témoignent d'un sentiment d'exclusion. Marie, 29 ans, raconte : Mon compagnon peut jouer pendant que je lui parle. Il ne s'en rend même pas compte. Cette situation génère des tensions et un appauvrissement de la communication. Les spécialistes alertent sur le risque d'isolement social accru, surtout chez les jeunes adultes, qui représentent 60 % des doomchessers.

Vers une prise de conscience

Face à ce phénomène, des initiatives émergent. Des applications commencent à intégrer des rappels de pause ou des limites de temps. Des groupes de parole en ligne se forment, comme le forum Échecs Anonymes, qui réunit déjà 2 000 membres en France. Pour le psychiatre Delile, la clé est la prise de conscience : Il faut apprendre à reconnaître les signes de l'addiction et à fixer des règles, comme ne pas jouer en présence d'autrui.

Un défi pour la santé mentale

Le doomchessing s'inscrit dans une tendance plus large d'addiction aux écrans. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu le trouble du jeu vidéo comme une addiction en 2018. Les échecs en ligne, bien que bénéfiques pour la cognition, deviennent problématiques lorsqu'ils empiètent sur la vie sociale. Les experts recommandent une utilisation modérée et une déconnexion régulière pour préserver l'équilibre personnel.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale