Les services français de lutte contre les stupéfiants sont confrontés à une saturation sans précédent en raison de l'afflux massif de mules venues du Brésil. Selon une enquête du Point, les trafiquants ont industrialisé le recours à ces passeurs jetables, multipliant les tentatives d'introduction de cocaïne sur le territoire national.
Un système industrialisé de mules brésiliennes
Le phénomène a pris une ampleur considérable depuis 2021. Les trafiquants brésiliens recrutent des personnes vulnérables, souvent des femmes, pour transporter de la cocaïne par avion vers la France. En échange d'un billet d'avion et de quelques centaines d'euros, ces mules avalent des capsules de drogue ou dissimulent la poudre dans leurs bagages. Les saisies à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle ont bondi de 40 % en 2022 par rapport à l'année précédente, selon les douanes françaises.
Les services de l'Office antistupéfiants (Ofast) et de la Douane judiciaire sont submergés. Un enquêteur confie au Point : « Nous sommes débordés. Chaque vol en provenance de São Paulo ou de Rio de Janeiro peut amener plusieurs mules. Nous ne pouvons pas toutes les intercepter. »
Des profils de plus en plus variés
Les mules ne sont plus seulement des hommes jeunes sans emploi. Les trafiquants élargissent leur recrutement à des femmes enceintes, des personnes âgées ou des touristes naïfs. Certaines mules ignorent même qu'elles transportent de la drogue, leurs bagages ayant été piégés à leur insu. Cette diversification complique le travail des enquêteurs, qui doivent distinguer les victimes des complices.
En 2023, les douanes françaises ont saisi plus de 2,5 tonnes de cocaïne dans les aéroports, dont une part significative provenait du Brésil. Les trafiquants exploitent les failles du système : les mules sont facilement remplaçables et les peines encourues en France sont souvent inférieures à celles du Brésil, ce qui rend le risque acceptable pour les organisations criminelles.
Des conséquences judiciaires et sanitaires
La saturation des services a des répercussions directes sur la chaîne judiciaire. Les mules interpellées sont placées en garde à vue, mais les capacités d'accueil des commissariats et des tribunaux sont limitées. « Nous devons prioriser les dossiers les plus importants, ce qui laisse passer des petits poissons », explique un magistrat spécialisé. Par ailleurs, le risque sanitaire est élevé : les capsules de cocaïne peuvent se rompre dans le corps des mules, entraînant des overdoses mortelles. En 2022, trois mules sont décédées à Roissy des suites d'une intoxication aiguë.
Face à cette situation, les autorités françaises tentent de renforcer la coopération avec le Brésil. Des officiers de liaison sont déployés à São Paulo et à Rio de Janeiro pour partager des renseignements en temps réel. Cependant, les moyens restent insuffisants au regard de l'ampleur du trafic.
Un défi pour les années à venir
Les trafiquants adaptent constamment leurs méthodes, utilisant des vols low-cost ou des escales multiples pour brouiller les pistes. La pression sur les services français ne devrait pas diminuer à court terme, estiment les experts. La lutte contre ce phénomène nécessite une approche globale, mêlant prévention, coopération internationale et renforcement des moyens humains et techniques des douanes et de la police judiciaire.



