Canicule : les logements du Sud-Aveyron, des bouilloires thermiques
Canicule : les logements du Sud-Aveyron en surchauffe

Bouilloires thermiques : la canicule révèle les failles des logements du Sud-Aveyron

En France, un tiers des logements sont inadaptés aux vagues de chaleur. En Aveyron, si la précarité énergétique reste limitée, architectes et bailleurs appellent à repenser la conception et la rénovation pour limiter la surchauffe. Volets fermés, rafraîchisseur d’air rempli de glaçons, fenêtres entrouvertes pour laisser passer une légère brise : les stratagèmes pour gagner quelques degrés se multiplient. La canicule est de retour, et avec elle, la notion de « bouilloires thermiques » s’impose dans le langage courant. Ce terme désigne un logement invivable durant les périodes de fortes chaleurs.

Une nouvelle forme de mal-logement

Dans une étude parue en juin dernier, la Fondation pour le logement des défavorisés se penche sur cette nouvelle forme de mal-logement. Elle toucherait les personnes les plus pauvres, mais aussi les plus âgées. Avec un revenu fiscal moyen de 2 184 euros par mois (contre 2 147 euros pour la moyenne nationale), les Aveyronnais sont plutôt épargnés par cette précarité énergétique. Restent les étudiants, les jeunes actifs, les seniors et les ménages aux revenus modestes, nombreux à occuper des logements où le confort d’été reste un luxe.

28 degrés à l’intérieur à midi

Clara, 25 ans, Millavoise rémunérée 1 400 euros par mois, vit dans un ancien bâtiment du centre-ville refait à neuf il y a deux ans. Pourtant, son appartement affiche 28 degrés à la mi-journée en période de canicule. « Je ne sais plus quoi faire pour la faire baisser », regrette-t-elle dans son 40 m² exposé plein sud. Dimanche 10 août, son appartement s’est transformé en four. « C’est invivable, assure-t-elle. J’ai voulu profiter du fait que ce soit un logement traversant pour faire des courants d’air, mais c’était un échec. »

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Le confort d’été, grand oublié des constructions neuves

La notion de confort d’été est souvent négligée dans les nouveaux habitats. L’hiver, la température y est bonne sans besoin de chauffer beaucoup. Mais l’été, c’est une autre histoire. « La réglementation environnementale RE2020 nous force à avoir des modes de chauffage vertueux, mais ça consomme énormément d’électricité, explique Lucie Gualina, architecte basée à Millau. Tout ce qui est rafraîchissement n’est pas vraiment traité. » Résultat : les appartements deviennent des fournaises. Jérôme Larochette, directeur général du bailleur social Aveyron Habitat, reconnaît cette problématique. Depuis 2005, le confort d’été est un critère dans la construction de bâtiments neufs. « Nous travaillons avec des cabinets d’architectes et des bureaux d’études pour chaque nouvelle construction. Toutes les études thermiques sont faites en amont du dépôt de permis de construire », assure-t-il.

Le choix des matériaux et l’inertie thermique

Pour Lucie Gualina, ancien ou neuf, tout est une question de choix des matériaux et d’inertie thermique. « J’en amène toujours dans mes projets, explique-t-elle. L’hiver, ça conserve la chaleur. Mais attention, trop d’inertie n’est pas forcément bon. » À titre d’exemple, avec la pierre : « Au bout de trois semaines de canicules sur le Larzac avec des constructions en pierre, on a une bulle de chaud. » Si on ne peut pas ventiler, l’atmosphère devient rapidement étouffante.

Des pistes pour réduire la surchauffe

Quelles solutions face à des températures annoncées de plus en plus élevées ? « L’une d’elles serait, en plus d’orienter le bâtiment pour faire entrer le vent froid, de proposer des logements traversants », détaille Lucie Gualina. Pour les rénovations, « il faut isoler par l’extérieur, et à l’intérieur, installer des brise-soleil ou faire des débords de toit quand le maître d’ouvrage est d’accord ». Le coût est parfois un frein. Localement, le dispositif « Je Rénove avec la Com’com » aide les propriétaires à financer leurs travaux de réhabilitation pour lutter contre l’habitat indigne et la précarité énergétique. Depuis 2021, 406 habitations ont été rénovées, dont 94 en 2024. Aucune donnée précise ne permet de connaître le nombre de logements concernés par une rénovation énergétique uniquement.

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Les gestes du quotidien

Pour faire baisser la température, « c’est aussi à chacun de bien ouvrir, tôt le matin, les fenêtres. Cela demande une certaine pédagogie », estime Jérôme Larochette. Lucie Gualina propose de déconstruire les idées reçues : « La meilleure exposition n’est pas le plein sud comme on l’entend partout », suggérant le sud-est pour favoriser l’entrée d’air frais et lutter contre la chaleur chez soi.