Nous parlons de moins en moins. Et, comme le déplore la politologue et essayiste Chloé Morin dans sa chronique, ni les messages ni l'intelligence artificielle ne peuvent nous sortir de cette solitude dans laquelle nous nous enfonçons.
Une perte de mots quotidienne
Une caissière dit bonjour, le client paie sans lever les yeux. Un homme monte dans un taxi sans ôter ses écouteurs et se contente d'un hochement de tête en guise de bonjour. Une adolescente entre dans une rame de métro : trente visages, trente écrans, pas un sourire. Ces scènes se répètent des millions de fois par jour, dans toutes les villes du monde. Elles ne nous étonnent plus. Mais mises bout à bout, elles donnent une statistique : nous parlons 28 % de moins qu'il y a quinze ans.
Cette statistique effarante est due à deux psychologues, Valeria Pfeifer et Matthias Mehl. En 2005, on prononçait en moyenne 16 600 mots par jour ; en 2019, ce nombre était tombé à 11 900. Une perte d'environ 338 mots quotidiens par an. Chez les moins de 25 ans, la génération happée par les écrans, la perte atteint même 451 mots par jour.
Les conséquences de ce silence
Ce déclin de la parole a des répercussions profondes sur notre société. La conversation, autrefois pilier des relations humaines, se raréfie. Les échanges se limitent souvent à des messages écrits, dépourvus d'intonation et de chaleur humaine. L'intelligence artificielle, bien qu'utile pour certaines tâches, ne remplace pas le contact direct. Elle ne fait qu'accentuer notre isolement.
Chloé Morin souligne que cette perte de mots est une tragédie silencieuse. Elle nous enferme dans des bulles individuelles, où le partage et l'empathie s'étiolent. Pourtant, la parole est essentielle à notre équilibre psychologique et social. Sans elle, nous risquons de nous perdre dans une solitude grandissante.
Il est urgent de réapprendre à se parler, à échanger des regards et des sourires. Car si les écrans nous connectent virtuellement, ils nous éloignent souvent de l'essentiel : la présence réelle de l'autre.



