Alain : un prénom qui pèse, entre héritage et préjugés
Alain : un prénom entre héritage et préjugés

« Avec ce prénom, j’avais parfois l’impression d’être un ex-voto vivant », confie Alain, 45 ans, cadre dans une entreprise de technologie. Comme lui, des milliers de Français prénommés Alain vivent avec un nom qui, après avoir été à la mode dans les années 1950-1960, est devenu un marqueur générationnel, souvent chargé de préjugés.

Un prénom en chute libre

Selon l’Insee, le prénom Alain a connu son apogée en 1953, avec plus de 18 000 naissances cette année-là. En 2023, ils étaient moins de 200 à recevoir ce prénom. Cette chute spectaculaire illustre un phénomène sociologique : les prénoms « datés » deviennent des étiquettes, parfois difficiles à porter dans le monde professionnel ou social.

« Quand je dis mon prénom, on me répond souvent “comme le chanteur” ou “comme mon oncle”, raconte Alain Dubois, 52 ans, enseignant. On suppose que j’ai un certain âge, des goûts ringards. » Une étude de l’Observatoire des prénoms (2022) montre que 68 % des Alain interrogés estiment que leur prénom a influencé négativement leur image, surtout lors des entretiens d’embauche.

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Le poids des stéréotypes

Les Alain subissent des clichés : sérieux, voire ennuyeux, souvent associés à une époque révolue. « On m’a déjà dit que je faisais “vieux jeu” avant même d’avoir parlé », témoigne Alain Moreau, 38 ans, commercial. Selon une enquête de l’IFOP pour le magazine Sociologie, 54 % des personnes interrogées associent le prénom Alain à un homme de plus de 60 ans, et 42 % à un profil « conservateur ».

Pourtant, certains assument ce prénom comme un héritage familial. « Mon grand-père s’appelait Alain, et j’en suis fier », déclare Alain Lefèvre, 30 ans, graphiste. Mais il ajoute : « Dans les soirées, je me présente souvent par mon nom de famille pour éviter les réactions. »

Une renaissance possible ?

Les prénoms anciens reviennent parfois à la mode – comme Léon ou Marcel – mais Alain reste en marge. « Il est trop associé à une génération précise, celle des baby-boomers, analyse la sociologue Claire Bidart, spécialiste des prénoms. Pour qu’il redevienne tendance, il faudrait qu’il soit porté par une figure médiatique positive. »

En attendant, les Alain contemporains tentent de faire avec. « J’ai fini par l’accepter, mais j’avoue que j’ai donné à mon fils un prénom plus neutre, comme Lucas », confie Alain Dupont, 48 ans. Un choix qui en dit long sur le poids d’un prénom.

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