Un an après son ouverture, le restaurant Paysan s'impose à Breil-sur-Roya
Le restaurant Paysan de Breil-sur-Roya, porté par Emmaüs Roya, fête aujourd'hui son premier anniversaire. Ouvert le 14 juin 2025, il est devenu un lieu de vie et de rencontres incontournable dans la vallée, bien au-delà du public militant attendu. Installé dans un ancien moulin à huile de 1892 sur les berges de la Roya, l'établissement a attiré près de 2 500 adhérents en un an.
Un succès inattendu
Le fondateur Cédric Herrou, figure emblématique de l'accueil des migrants dans la vallée, a exprimé sa surprise : « Nous ne nous attendions pas à une participation aussi importante. Il faut rappeler qu'il s'agit d'un restaurant associatif. Pour le fréquenter, il faut adhérer à l'association, ce qui implique de partager notre philosophie et nos engagements. » Dès les premières semaines, l'équipe a constaté que le public dépassait largement le cercle militant : « Au départ, nous pensions accueillir principalement des personnes engagées. Finalement, tout le monde vient ici. Cela m'a fait comprendre que la question migratoire est souvent présentée comme clivante alors que la réalité est plus nuancée. Nous avons accueilli des magistrats, des policiers, des familles de gendarmes. Le restaurant a contribué à ouvrir le dialogue. »
Apprendre un nouveau métier
L'ouverture du restaurant représentait un défi pour les membres d'Emmaüs Roya, peu expérimentés en restauration. « Nous avons appris sur le terrain, en demandant conseil aux professionnels du secteur. La charge de travail a été énorme, mais au final cela a fonctionné », explique Herrou. Le lieu, installé dans un ancien moulin à huile, allie patrimoine local et projet social.
Une place du village au bord de la Roya
En quelques mois, le restaurant est devenu un espace de convivialité essentiel dans une commune où les activités se font rares. « Les habitants avaient besoin d'un lieu tourné vers la rivière, intégré au paysage. Les familles s'y sentent bien, les enfants peuvent jouer pendant que les adultes mangent et discutent. C'est devenu une sorte de place du village », souligne Herrou.
Normaliser la présence d'Emmaüs Roya
Pour Herrou, le restaurant a permis de changer le regard sur Emmaüs Roya : « La plus grande satisfaction, c'est de réussir à exister sans susciter uniquement de la compassion ou de l'hostilité. Nous voulons être perçus pour ce que nous sommes : les compagnons, les familles qui vivent ici. Le restaurant a contribué à normaliser notre présence. »
Un lieu de restauration et de débat
L'établissement sert des repas, mais revendique aussi une dimension citoyenne. « Nous avons besoin d'espaces où les gens se rencontrent en dehors des algorithmes des réseaux sociaux. Dans un lieu réel, on croise des personnes d'origines et d'opinions différentes. On s'écoute, on se contredit, mais on construit des relations. C'est pourquoi je considère le restaurant comme un lieu politique », affirme Herrou.
Consolider avant de grandir
Après une première année réussie, l'heure est à la consolidation. « Notre priorité est de consolider ce que nous avons construit. Nous avons des idées pour l'avenir : développer d'autres activités, peut-être une petite brasserie ou un atelier artisanal. Mais pour l'instant, ce sont des pistes. Il faut laisser les projets mûrir », conclut Herrou.



