Un quartier marqué par la précarité et l'abandon
Le quartier de Pissevin, à Nîmes, est au cœur d'un vaste programme de rénovation urbaine. Pourtant, pour ses 16 000 habitants, l'avenir reste incertain. Raouf Azouz, directeur du centre social associatif Les Mille Couleurs, résume la situation : « L’espoir des habitants, le dernier chantier qui n’a pas été abandonné. » Construit en 1960 sous le nom de ZUP, Pissevin symbolisait alors la modernité. Aujourd'hui, il est tristement célèbre pour son taux de pauvreté de 72 %, l'un des plus élevés de France.
Les chiffres sont implacables : 46 % de chômage, un revenu médian de 920 euros par mois, et 67 % de logements sociaux vieillissants. La violence liée aux narcotrafics a explosé, notamment après la mort de Fayed, dix ans, tué par une balle en été 2023. Depuis, les règlements de comptes se multiplient, et le commissariat a été incendié en 2024. Face à cette spirale, la municipalité a instauré un couvre-feu.
Le retrait des services publics
Paradoxalement, alors que la délinquance justifierait un renforcement des services publics, ceux-ci se retirent. En mai 2026, la Poste ferme ses portes, provoquant la colère des habitants. Cette fermeture s'ajoute à une longue liste : la médiathèque détruite, le commissariat laissé à l'abandon, les services sociaux débordés. « Quand l’école, la Poste, la police, la culture et la santé se retirent, ce n’est pas seulement un service qui manque, c’est la République qui tremble », déplore Raouf Azouz.
L'association Les Mille Couleurs, dernier rempart
Face à cet « apartheid social », l'association Les Mille Couleurs, créée en 1995, est le poumon du quartier. Elle agit sur le terrain, allant vers les gens pour susciter le dialogue et l'échange. Son action repose sur l'éducation populaire, partant du principe que la transformation sociale vient des citoyens eux-mêmes. Dans des locaux exigus, l'équipe accompagne plus de 2 300 personnes par an : cours de français, séjours pour jeunes, chorale pour les aînés, aide aux démarches, écoute des parents. « On réapprend la citoyenneté », souligne le directeur.
Le travail des animateurs n'est pas sans danger. Ils sillonnent les places où les trafiquants imposent leur loi, ramenant un peu de République là où elle a déserté. Leurs actions ne résolvent pas tout, mais prouvent que le tissu social résiste.
Un avenir incertain malgré les investissements
Le quartier bénéficie d'un investissement de 472 millions d'euros pour démolir des tours et désenclaver l'espace urbain. Mais Raouf Azouz s'interroge : « À quoi servent des bâtiments neufs si l’âme sociale et les droits fondamentaux des habitants restent absents ? » Il appelle à un service public fort, seul capable de garantir la dignité des habitants.
Malgré tout, l'espoir demeure. « Sous le bruit des pelleteuses et l’ombre des trafiquants, l’espoir des habitants est le dernier chantier qui n’a pas encore été abandonné », conclut-il. Pissevin reste debout, porté par l'engagement des bénévoles et salariés des Mille Couleurs, qui réparent chaque jour les fissures de la fraternité.



