L'année est symbolique. En 2026, la photographie fête ses 200 ans. Du côté de PhotoMenton, il faut soustraire un 0 pour tomber sur le chiffre rond. L'association célébrait l'an dernier ses vingt ans. Créée, à l'origine, pour pouvoir organiser un festival à visée caritative, la structure s'est depuis transformée en club photo – qui réunit 40 adhérents. Son actualité ? Dès le 20 juin 2026, PhotoMenton proposera une exposition aux Sablettes en partenariat avec le service du Patrimoine. Entretien avec le président, Yvon Garcia.
Quelle est la genèse de PhotoMenton ?
À l'origine, il s'agissait d'un groupe d'amis qui connaissait le président de l'association Hamap (Halte aux mines anti personnel). Le but de départ était de créer un événement pour financer des actions de déminage. Il s'est avéré qu'ils avaient pour passion commune la photo. Comme il n'y en avait pas à l'est des Alpes-Maritimes, ils ont imaginé un festival dédié. Sous forme d'exposition avec une entrée payante. Le public a tout de suite été au rendez-vous… Le premier festival s'est tenu les 3 et 4 décembre 2005 au Salon du Louvre. Il réunissait 15 exposants. L'exposition était assortie d'une brocante, et cela attirait clairement les gens. Tout le monde n'était pas encore passé au numérique et il y avait un réel intérêt pour le matériel photo d'occasion. 420 visiteurs avaient été comptabilisés, c'était énorme pour une première. L'année suivante, c'était encore mieux : 36 exposants et 850 entrées.
Lucien Clergue, Charles Aznavour, Nikos Aliagas… Quelles ont été les évolutions ?
En 2007, cela devenait un peu serré au salon du Louvre. Alors le festival a été transféré au Palais de l'Europe. Puis nous sommes passés d'un week-end à deux en 2010 – ce qui permettait d'accueillir les scolaires en semaine. Le maximum qu'on ait atteint, c'était 120 exposants. Et une année, on a frôlé les 4 000 entrées. Avec de beaux invités d'honneur… En 2006, des œuvres de Jane Evelyn Atwood, une photographe de rue américaine qui a beaucoup documenté les prostituées de Pigalle, les femmes en prison, avaient été exposées. En 2010, nous avons eu Lucien Clergue, le fondateur des Rencontres d'Arles. Il était allé voir tous les panneaux. Il s'intéressait à la moelle de notre association, quand bien même nous exposions essentiellement des photos amateur. Il y a aussi eu Charles Aznavour (2011) et Nikos Aliagas (2014), mais pour le coup ils ne sont pas venus sur place.
Pourquoi avoir aidé deux autres associations ?
Des gens qui ont des problèmes, il n'y en a pas qu'au bout du monde. Il y en a aussi devant chez nous. Alors nous avons souhaité soutenir les Cœurs du Campanin dès 2014. C'est aussi en 2014 que le guide de haute montagne Hervé Gourdel a été assassiné. Il était photographe amateur et exposait tous les ans au festival. C'était quelqu'un de chaleureux, partageur… Nous avons tout de suite lancé une souscription pour aider la famille. Puis, dès 2016, on a récolté des fonds pour l'association Hervé Gourdel à travers le festival.
Combien de dons avez-vous récoltés au total ?
En cumulé, nous avons versé 148 200 euros à Hamap. 17 800 euros aux Coeurs du campanin. Et 6 650 euros à l'association Hervé Gourdel. On était heureux et fiers d'avoir permis la construction d'une école au Burkina Faso quand Hamap a diversifié ses actions. Tous les ans, une partie de ce qu'on reversait servait à son fonctionnement.
Le dernier festival s'est tenu en 2022. Pourquoi ?
Les bénévoles sont toujours les mêmes, et nous avons vieilli. Cela demandait beaucoup d'engagement physique, de travail administratif. Un gros boulot toute l'année. Surtout qu'il y avait le festival, mais aussi les concours et le marathon photo – pour lesquels on devait trouver des partenaires. On faisait également les 200 bâches que l'on exposait jusqu'à Tende. Et plus largement, nous rencontrions des difficultés d'organisation.
Comment le club photo est-il né ?
C'est Xavier Baré qui l'a lancé quand il était président, en 2021. Parmi les organisateurs du festival, nous étions un paquet à aller au club photo de Monaco. Le projet d'en avoir un à Menton était dans les tuyaux mais il nous manquait un local. Le problème a été réglé quand nous avons pu bénéficier de la voûte du club nautique aux Sablettes. Pendant un an, il y a eu le festival et le club en parallèle, mais aujourd'hui les statuts ont été changés ; l'association est centrée sur le club.
Comment fonctionne-t-il ?
On se réunit deux fois par mois, de 19h à 21h. On donne des thèmes à travailler. Reflet, architecture, ombre et lumière, objets du quotidien, trois couleurs, texture nature… Ceux qui le souhaitent envoient chacun trois photos maximum qui seront projetées. Puis on discute. On apporte une critique constructive, pour aider à progresser. Dans le cadre du club, nous visionnons également des images de photographes célèbres, nous faisons des sorties dans les musées de la photo (en profitant de l'occasion pour faire des prises de vues).
Abordez-vous aussi la technique ?
On organise en effet des soirées sur les bases : diaphragme, iso, ouverture, vitesse, triangle d'exposition… Il y a beaucoup de débutants dans nos rangs. On donne des pistes pour bien utiliser le matériel, à eux ensuite de travailler. Paradoxalement, c'est plus compliqué qu'à l'époque de l'argentique. Maintenant, les appareils font tout tout seuls. Et il est difficile d'entrer dans les menus pour faire des réglages. C'est pire encore avec les téléphones – dans ce cas de figure, on peut juste apprendre comment maîtriser le cadrage et la composition.
Quel est le profil des animateurs ?
Aucun parmi nous n'a fait d'école. Même si certains ont eu l'occasion de participer à des stages. Moi, j'ai appris sur le tas. J'étais amateur depuis l'adolescence. J'ai fait un peu de labo, lu beaucoup de revues, je me tenais au courant des techniques, du nouveau matériel. Mais justement, on aimerait recruter des photographes expérimentés pour l'animation.
Vous vous attachez à l'ancrage local…
On participe aux festivals régionaux : Mouans-Sartoux, Tourrette-Levens. On s'investit aussi au niveau local. En février 2024, des membres ont exposé à Gorbio pendant un mois. Puis de nouveau en 2026. En été 2025, l'association a exposé dans la salle des mariages de Castellar et à la bibliothèque de Menton. C'est important de montrer qu'on est là.
Parlez-nous de l'exposition prévue avec le service du Patrimoine…
Le défi était de mettre en parallèle des photos d'époque et d'aujourd'hui. Le service nous a fourni les fichiers anciens (de la fin du XIXe siècle à la moitié du XXe). Et nous, on a essayé de photographier les mêmes lieux, mais tels qu'ils sont aujourd'hui. Le but n'était pas de les reproduire ni d'imiter. Les ânières se sont aujourd'hui transformées en scooters, les calèches en navettes, la pêche en plaisance…
Que vous évoque le bicentenaire de la photo ?
Il y a eu une grande démocratisation en 200 ans. Tant qu'on était dans le domaine de l'argentique, de la chimie, c'était un cercle restreint. Et plus masculin. Beaucoup plus de femmes pratiquent aujourd'hui. Avec les appareils numériques, nous ne sommes pas obligés de tout tirer : ce qui ne plaît pas, on le jette. Cela donne lieu à une profusion d'images et à une logique de l'instantané. On constate par ailleurs, depuis quelques années, qu'il est plus difficile de prendre les gens en photo dans des scènes de rue. C'est pourtant autorisé sur la voie publique dès lors qu'on respecte la vie privée et la dignité. Sans cela, Doisneau et Cartier Bresson n'auraient jamais existé…



