Ostéopathe pour taureaux : immersion avec Anaïs Bernard
Ostéopathe pour taureaux : immersion avec Anaïs Bernard

Depuis 11 ans, Anaïs Bernard est ostéopathe animalier, spécialisée dans les chevaux et les taureaux. Basée près d’Arles, elle travaille dans le secteur de la Camargue, de la Petite Camargue et jusqu’aux portes de Montpellier. Depuis deux ans, elle préside la commission de bien-être animal de la Fédération française de course camarguaise.

Un métier de passion et d’expériences

Une journée dans sa peau, c’est jusqu’à huit rendez-vous, chacun de 45 minutes. Elle s’occupe de chevaux de travail et également de taureaux, majoritairement de course camarguaise. L’ostéopathie animalière est de plus en plus répandue, mais s’occuper des taureaux reste une pratique niche. « Cela fait presque cinq ans que je vois autant de taureaux que de chevaux », confie-t-elle.

Intervenir dans le secteur bovin suppose une réelle confiance et un travail collaboratif avec les gardians et manadiers. « Personne ne connaît le taureau mieux qu’eux », assure-t-elle. Lors de la manipulation de l’animal, Anaïs doit être au calme, sans bruit parasite. « On n’appréhende pas un taureau de Camargue comme une charolaise, explique-t-elle. Au moindre mauvais geste, je prends un coup de cornes ».

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Un suivi adapté à l’animal

Après cinq ans d’études en ostéopathie animale et un diplôme de l’ordre des vétérinaires, Anaïs s’est fait un nom dans le domaine. Sa clientèle est plutôt établie. « Je travaille avec un grand nombre de professionnels assez récurrents toute l’année ». Après avoir su conquérir les gardians et manadiers sur l’efficacité de son travail, elle n’hésite pas à faire un suivi précis des bêtes à cornes qu’elle rencontre. « Quand des problématiques reviennent, je peux savoir pourquoi cela revient, en fonction de comment le taureau évolue en piste ».

Pour cela, elle va jusqu’à les voir courir dans les arènes, notamment lors de la course camarguaise dans les arènes de Nîmes, le jeudi 13 août dernier. Parmi les bêtes qui couraient, quatre sont suivies par l’ostéopathe, deux de la manade Laurent (basée sur Arles) et deux de la manade Nicollin (basée dans le Gard). Elle vient les observer en conditions réelles. « Ce sont des taureaux que je vois toute la saison de course, de mars à octobre ».

Une manière de faire bien spécifique

Le suivi est différent en fonction des taureaux et de leur niveau. En effet, Anaïs Bernard peut consulter les animaux pour un suivi de confort, une à deux fois par an, un contrôle de routine, mais encore pour une échéance sportive. Certaines fois, l’ostéopathe est aussi un tremplin pour les taureaux qui ont beaucoup de talent. « Je distingue le cocardier (taureau de race camarguaise) que je vais manipuler car il s’est fait mal et celui sur lequel le manadier va avoir un grand espoir dessus. Celui-là est sûrement le taureau vedette de la manade, donc il doit être au top de sa forme ».

Dans ce cas-là, Anaïs donne des interventions plus régulièrement. Elle a notamment suivi des taureaux talentueux, des biòus d’or, tels que Jupiter de la manade Laurent en 2018 et plus récemment, Bohémien de la manade Rouquette, élu l’année dernière.

Dans un couloir adapté aux soins, pas trop étroit pour que le taureau puisse bouger mais pas trop large pour qu’il ne puisse pas se retourner, Anaïs effectue ses manipulations, estimant que les bêtes sauvages sont plus faciles à toucher. « Plus le taureau est sauvage, plus il est réceptif, c’est son instinct ». Elle explore le mouvement d’une articulation, d’un viscère ou bien d’un muscle. En cas de restriction de mouvement, elle corrige.

Très rarement, la professionnelle de l’équin et du bovin s’occupe de taureaux envoyés pour la corrida. Une pratique « pas trop dans les mœurs » car sur le principe, « ils n’ont qu’une sortie ». Un taureau se doit d’être en forme avant d’entrer dans l’arène, pas boiteux : « Quand j’ai fait mon premier taureau espagnol, je n’aurais pas réussi à le manipuler si je n’avais pas la connaissance d’un taureau camargue, ils restent des animaux sauvages ».

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Celle qui exerce depuis 11 ans maintenant s’occupe également de chiens, surtout de chasse, d’un lama et même d’un canard. Mais à 80 %, ce sont des taureaux et des chevaux. Son expérience ne se limite pas aux portes de la Camargue, mais va au-delà. Les voyages, c’est son dada. Elle a manipulé du bétail des tribus massaï en Tanzanie en 2024, des chevaux de gaucho en Patagonie chilienne en 2023 et des chevaux de ranch, au Colorado et au Wyoming l’année dernière.