N'enfermons pas les lieux dans leur terroir, par Emanuele Coccia
N'enfermons pas les lieux dans leur terroir

Dans une tribune publiée par Libération, le philosophe Emanuele Coccia s'oppose à la tendance contemporaine à enfermer les lieux dans leur terroir. Il estime que cette approche, souvent utilisée pour valoriser les produits locaux ou les traditions, peut conduire à une forme de repli identitaire. Selon lui, il est essentiel de reconnaître que les lieux ne sont pas des entités closes, mais des espaces ouverts, traversés par des influences multiples et en constante évolution.

Une critique du concept de terroir

Coccia remet en cause l'idée que le terroir serait une essence immuable, liée à une terre et à une histoire figée. Il souligne que cette conception peut être utilisée pour justifier des politiques d'exclusion ou pour naturaliser des hiérarchies sociales. Pour le philosophe, le terroir n'est pas une donnée naturelle, mais une construction culturelle et politique.

L'importance de la mobilité et des échanges

L'auteur plaide pour une vision plus dynamique des lieux, où la mobilité, les échanges et les métissages sont valorisés. Il rappelle que les grandes villes, les ports, les carrefours commerciaux ont toujours été des lieux de brassage et d'innovation. C'est cette ouverture qui permet aux cultures de se renouveler et de s'enrichir.

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Un appel à un cosmopolitisme renouvelé

Coccia invite à repenser notre rapport aux lieux dans une perspective cosmopolite. Il ne s'agit pas de nier les spécificités locales, mais de les inscrire dans un horizon plus large. Le philosophe propose de considérer chaque lieu comme un carrefour de mondes, un point de rencontre entre le local et le global. Cette approche permettrait de lutter contre les nationalismes et les régionalismes étroits.

Réactions et débats

La tribune a suscité de nombreuses réactions, notamment dans les milieux de la gastronomie et du tourisme, où la notion de terroir est centrale. Certains défenseurs des produits du terroir estiment que Coccia caricature leur démarche, qui vise avant tout à préserver des savoir-faire et des paysages menacés par la standardisation. D'autres saluent une réflexion nécessaire sur les dérives identitaires possibles de l'attachement au terroir.

Au-delà des polémiques, ce débat met en lumière les tensions entre ancrage local et ouverture au monde, entre tradition et modernité. Il interroge notre capacité à habiter les lieux sans nous y enfermer, à chérir nos racines sans nous couper des autres.

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