Mougins : une association de protection animale paralysée par un conflit immobilier avec une ex-salariée
À Mougins, l'association Au service des animaux (ASA 06) se trouve dans une situation critique en raison d'un conflit juridique prolongé avec une ancienne employée qui refuse de quitter son logement de fonction. Cette bataille, qui dure depuis plusieurs mois, affecte directement le fonctionnement de la structure et la prise en charge des animaux.
Un conflit qui s'enlise et impacte les ressources
Cecilia Fruleux, la directrice de l'association, exprime son amertume : « On préférerait être concentrés sur le bien-être des animaux, et lancer des travaux pour augmenter la capacité d'accueil et améliorer les conditions, au lieu de dépenser notre argent et notre énergie dans cette affaire... » L'association a déjà engagé plus de 3 000 euros de frais judiciaires, des fonds qui, selon elle, manquent cruellement aux quarante chats, quarante-cinq chiens, lapins et cochons d'Inde hébergés sur le site de la Valmasque.
Le litige trouve son origine en 2023, lorsqu'une bénévole, alors expulsée d'une autre association de protection animale, a été hébergée dans le logement de gardien. La situation, d'abord informelle, a été officialisée en janvier 2025 par un contrat de travail incluant la mise à disposition du logement. Cependant, les relations se sont rapidement dégradées, conduisant à un licenciement pour faute grave en juillet 2025.
Des conséquences dramatiques sur le terrain
Malgré son licenciement, l'ex-employée, Delphine, est restée sur place, obligeant l'association à prendre des mesures radicales. En septembre 2025, face au non-paiement des factures d'eau et d'électricité, ASA 06 a réduit l'ampérage et coupé le gaz. Cette décision a poussé Delphine à saisir le tribunal pour demander le rétablissement des services, un délai d'un an pour quitter le logement et une compensation financière.
L'absence de gardien sur place, due à cette occupation, a eu des répercussions directes sur la sécurité des animaux. « Ce logement sert normalement à assurer une présence, notamment la nuit, lorsque la police municipale amène des animaux. Aujourd'hui, on ne peut pas y installer quelqu'un d'autre », explique Cecilia Fruleux. Elle rapporte ainsi le décès récent d'un chien d'une torsion de l'estomac dans la nuit, une situation qui, selon elle, aurait pu être évitée avec une surveillance adéquate.
La version de l'ex-employée : des conditions de travail intenables
Delphine, de son côté, conteste vigoureusement la version de la direction. Elle affirme avoir travaillé près de deux ans sans contrat de travail, une situation régularisée seulement après l'intervention de l'inspection du travail. « La direction a tout fait pour me faire craquer, avec des horaires intenables et des astreintes la nuit », estime-t-elle, évoquant un burn-out causé par ces conditions difficiles.
Elle a depuis contesté son licenciement devant les Prud'hommes et déposé plusieurs plaintes pour harcèlement, détournement de courrier et diffusion d'informations confidentielles. « Je vis sans eau, sans électricité et sans gaz depuis huit mois, c'est intenable. Je cherche activement un logement depuis le début de mon arrêt maladie. Mais les logements sociaux sont saturés et je ne trouve rien d'accessible dans le privé », témoigne-t-elle.
Delphine se défend également des accusations liées au décès du chien, affirmant que même pendant son emploi, aucune ronde nocturne n'était requise. « Les animaux, c'est toute ma vie. La direction parle du bien-être animal mais maltraite les humains… », conclut-elle.
Une première décision de justice en faveur de l'ex-employée
La justice a récemment rendu une première décision partielle en faveur de Delphine. L'association ASA 06 a été condamnée à :
- Rétablir l'accès au portail, à l'électricité et au gaz, sous astreinte de 50 euros par jour de retard
- Verser 1 800 euros à Delphine au titre des frais de justice
La demande de l'association pour procédure abusive a été rejetée. Le 7 avril, une nouvelle audience se tiendra pour statuer sur la procédure d'expulsion, avec l'espoir, pour l'association, de voir enfin cette situation se dénouer et pouvoir se recentrer sur sa mission première : la protection animale.



