Un cri d'alarme poignant de la Ligue de l'enseignement de Lozère
Alors que le monde associatif s'est mobilisé récemment contre les coupes budgétaires, la Ligue de l'enseignement de Lozère – anciennement Fédération des œuvres laïques – émet un signal d'extrême urgence. Par la voix de son secrétaire général, délégué art et culture, Nicolas Trotouin, l'organisation lance un véritable S.O.S., affirmant se battre pour sa survie après 83 ans d'existence.
« Nous allons disparaître » : le constat accablant
« Nous allons disparaître, nous la Ligue de l'enseignement de la Lozère ; nous allons disparaître après 83 ans d'engagement laïque, éducatif, culturel et sportif au service des associations, des particuliers, des familles, des enfants », déclare Nicolas Trotouin dans une tribune poignante. Fondée en 1942 en Lozère, cette institution a historiquement développé :
- Les réseaux de bibliothèques
- Les écoles de musique
- Le cinéma éducateur
- Des actions d'éducation à l'art avec des festivals comme la Petite roulotte, le 48e de rue, les Aériennes
- Un travail considérable de soutien aux écoles pour développer des pratiques autour du vivant
Le problème fondamental réside dans le modèle économique, mis en péril depuis de nombreuses années selon l'organisation.
Les causes profondes de la crise
Nicolas Trotouin pointe du doigt plusieurs facteurs responsables de cette situation critique :
- Les politiques publiques défaillantes
- Le manque d'engagement des collectivités territoriales
- La baisse constante des subventions
- Les stratégies d'appels d'offres inadaptées
- La mise en concurrence délétère des associations
- La transformation progressive du statut d'association en simple opérateur de l'État
- L'imposition de taxes incompatibles avec le modèle associatif
« Aujourd'hui comme bon nombre d'entreprises d'économie sociale, nous avons du mal à faire face à toutes les augmentations, aux contraintes administratives qui se sont multipliées, au manque de soutien politique et technique à la hauteur de nos besoins », explique le secrétaire général.
L'impact sur le territoire et l'économie locale
La disparition potentielle de la Ligue de Lozère affecterait directement :
- Plus de 160 associations adhérentes
- Environ 4 000 membres
- Un budget annuel de 1,5 million d'euros réinvesti localement à plus de 90%
Nicolas Trotouin insiste : « L'économie que représente le monde associatif dans son ensemble est considérable ; c'est une économie circulaire qui est réinvestie chaque année sur le plan local ». L'argent des subventions et dons est réinvesti quasiment dans son intégralité dans les petits commerces, les salaires et l'action locale.
Une double peine pour la société
La crise touche particulièrement les territoires en difficulté : « C'est une double peine aujourd'hui puisque jamais la population, les familles et les enfants n'auront eu plus besoin de structures comme les nôtres ». La Ligue assure des missions essentielles que l'État seul ne peut remplir :
- Création de lien social et de cohésion
- Promotion de la mixité et de l'inclusion
- Accompagnement d'enfants en situation de handicap
- Formation et accompagnement sur des territoires qui se désertifient
- Expérimentations sociales avec une grande souplesse
Chaque année, l'organisation doit trouver 80% de son budget, seulement 20% provenant de subventions.
Un appel à la reconnaissance de la valeur associative
Nicolas Trotouin défend avec conviction le modèle associatif français : « Nous avons en France cette particularité de la loi 1901 qui a été extraordinairement novatrice et la Ligue de l'enseignement y a pris toute sa place ». Il rappelle que « le financement des associations n'est pas de l'argent perdu » et que « la diversité et l'intelligence collective qu'offre aujourd'hui le monde associatif sont irremplaçables ».
Face à cette situation, le secrétaire général lance un appel : « Le monde associatif est au pied du mur, il doit aussi se poser des questions et repenser son modèle économique. Nous allons peut-être disparaître mais nous ne nous résignons pas sans nous battre ».
Il conclut avec émotion : « Notre engagement ne se fait pas dans le fracas et les effets d'annonces médiatiques, mais dans les petits gestes qui font le quotidien. Et quoi de mieux que d'exercer sa condition humaine à la Ligue de l'enseignement de la Lozère, phare accroché contre vents et marées ».



