Jeun's Attitude persévère face aux difficultés financières
Fragilisée par des financements incertains, l'association Jeun's Attitude a été contrainte de revoir son fonctionnement à la baisse. Un an après avoir vacillé, la structure jeunesse du sud Libournais tient toujours debout, mais a changé de braquet. Derrière une dynamique intacte, elle a dû apprendre à faire moins pour continuer à exister.
Une réduction d'accueil inévitable
« Au lieu d'avoir 24 jeunes, on n'en a que 12 », résume Adeline Dupré, coordinatrice de l'association. Cette réduction contrainte est la conséquence directe des incertitudes financières qui pèsent sur la structure. Le second poste salarié espéré n'a jamais vu le jour, laissant la coordinatrice seule à bord.
Malgré ce recul apparent, l'activité sur le terrain ne ralentit pas. « Les idées, on n'en manque pas, les besoins non plus », insiste Adeline Dupré. Ateliers bois, projets citoyens, actions avec les collèges, soirées avec les familles... Jeun's Attitude continue de rayonner bien au-delà de son simple hangar d'accueil.
Un modèle atypique et fragile
Ce foisonnement d'activités repose sur un modèle atypique, presque fragile : une indépendance quasi totale. « De toute façon quand on n'a pas d'argent, on a des idées », lâche Adeline Dupré, mi-sourire, mi-constat. Ici, pas de cadre rigide. Les jeunes fabriquent, proposent, expérimentent. L'association s'adapte, teste, invente en permanence.
Mais cette liberté a un prix. Chaque projet devient un défi financier. « Aujourd'hui, les subventions représentent 80% de notre fonctionnement. Il faut qu'on inverse la balance », explique la coordinatrice. Trouver des ressources est devenu un travail à part entière : appels à projets, mécénat, ventes à imaginer, partenariats à construire.
Le bénévolat au cœur du système
Dans cette équation précaire, le bénévolat prend une place centrale. « Aujourd'hui, ça repose moins sur des postes que sur des bénévoles... à un moment donné j'explose mes heures et, moi aussi, je fais du bénévolat », reconnaît Adeline Dupré.
Autour d'elle, une nouvelle organisation émerge : commissions, implication des parents, ouverture progressive aux habitants. Parmi eux, Théo Chatagnier, éducateur spécialisé, incarne ce nouvel élan. Arrivé récemment, il s'engage sur son temps libre. « Il prend ses congés pour être avec moi... c'est un vrai plus », souligne la coordinatrice. Comme lui, d'autres bénévoles rejoignent l'aventure, attirés par un projet concret et utile.
Vers une labellisation « espace de vie sociale »
Jeun's Attitude ne se limite plus à l'accueil des jeunes. L'association répond à un besoin plus large sur le territoire. « On se rend compte qu'il y a un besoin d'une structure qui accueille aussi les habitants pour un moment de partage », observe Adeline Dupré.
Soirées conviviales, projets collectifs, ouverture progressive : la structure évolue peu à peu vers un véritable lieu de vie. Dans cette logique, elle regarde du côté de la Caf pour consolider son modèle. Une labellisation en « espace de vie sociale » est envisagée, avec à la clé des financements plus pérennes. « On fait déjà beaucoup de choses qui pourraient rentrer dans ce cadre », souligne la coordinatrice.
Un financement participatif pour un minibus
Privée de minibus depuis la défection de son loueur début février, l'association doit aujourd'hui revoir toute son organisation. Ce véhicule, indispensable au quotidien, permettait notamment d'aller chercher des jeunes isolés, non desservis par les bus scolaires. « Là, tu en as huit qui restent sur le carreau », déplore Adeline Dupré.
Au-delà des trajets, il servait aussi aux sorties et au transport de matériel pour les actions d'autofinancement. Pour y remédier, l'association vise désormais l'achat de son propre minibus, un projet estimé entre 25 000 et 30 000 euros. Une campagne de financement participatif a été lancée, avec l'espoir d'aboutir d'ici l'été 2026.
Un équilibre fragile mais déterminé
Reste à structurer davantage le projet, sans perdre l'indépendance qui fait la singularité de l'association. Car cet équilibre demeure fragile. Indépendante, agile, inventive, Jeun's Attitude avance sans filet. Refusant de se couler dans des cadres trop contraignants, elle revendique cette liberté, quitte à devoir sans cesse réinventer son fonctionnement.
« Les financements, c'est le nerf de la guerre », glisse Adeline Dupré. L'association regarde donc l'avenir avec lucidité : consolider, diversifier ses ressources, sans renier son ADN. Car malgré les contraintes, une constante demeure : l'engagement. Moins nombreux peut-être, mais toujours aussi impliqués, les jeunes continuent de faire vivre un lieu à part, preuve que l'essentiel ne tient pas seulement aux moyens.



