Un forum immersif pour révéler les métiers du patrimoine aux jeunes Girondins
Organisée par la Fédération française du bâtiment de Gironde (FFB 33), cette première édition du Forum des métiers du patrimoine s'est déroulée les mardi 21 et mercredi 22 avril. L'objectif principal était de rapprocher concrètement les jeunes des professions liées à la restauration et à la conservation du patrimoine, en privilégiant une approche pratique et immersive au cœur même d'un chantier en activité.
Une arrivée massive sur le chantier médiéval de Guyenne
Dès le mardi matin, une succession de bus a déposé sur le parking du chantier médiéval de Guyenne des groupes de collégiens et de lycéens venus de Libourne, Rauzan, Créon et Eysines. Casquettes solidement ajustées et regards empreints de curiosité, ces jeunes se préparaient à découvrir un univers largement méconnu : celui des artisans spécialisés dans la préservation du patrimoine bâti.
Valéry Ossent, président de la Fabrique de Guyenne, souligne cette méconnaissance : « Les jeunes, s'ils ne vont pas dans ces métiers-là, c'est surtout parce qu'ils ne savent pas que ça existe. » Pour contrer cette ignorance, le forum a banni les stands statiques et les discours théoriques. À la place, les participants ont été invités à tailler la pierre, manipuler l'ardoise, enfiler un baudrier de sécurité ou sceller des pierres. L'expérience était sensorielle et complète.
L'immersion sensorielle comme clé de la découverte
Thierry Leblanc, président de la FFB 33, défend ardemment cette méthode immersive : « Si vous êtes derrière un écran, vous n'avez ni le bruit, ni l'odeur, ni le toucher. Ici, vous travaillez les sens. » Cette approche concrète vise à susciter l'envie et à battre en brèche les idées reçues tenaces qui collent à ces professions.
En effet, les clichés de métiers pénibles, peu rémunérateurs et sans avenir persistent. Thierry Leblanc insiste sur la modernisation du secteur : « C'était vrai il y a des années, mais aujourd'hui on a modernisé. » Il cite l'utilisation d'outils de levage, de matériel adapté et même d'exosquelettes pour réduire la pénibilité. Sur le plan salarial, il affirme : « Aujourd'hui, vous êtes mieux payé que dans l'industrie en règle générale. » Le secteur offre surtout des perspectives de carrière remarquables, avec un ascenseur social permettant de passer d'un CAP à la tête d'une entreprise.
Des besoins en recrutement importants en Gironde
En Gironde, le secteur du bâtiment représente déjà 27 000 emplois, et les besoins en main-d'œuvre qualifiée restent significatifs, particulièrement dans les métiers du patrimoine. Sous les chapiteaux du forum, divers organismes de formation étaient présents pour guider les vocations naissantes.
Stella Cornand, responsable communication à la FFB 33, explique la démarche : « On leur montre les parcours possibles, les voies d'excellence. L'idée, c'est qu'ils se disent : en fait, c'est accessible. » L'ambiance était à l'expérimentation : certains jeunes testaient rapidement un geste avant de passer à autre chose, tandis que d'autres s'attardaient, posaient des questions et répétaient les manipulations.
Un succès qui ouvre la voie à une pérennisation
Face à l'affluence – près de 300 jeunes sur les deux jours – les organisateurs considèrent cette première édition comme un franc succès. Thierry Leblanc adopte une vision réaliste mais optimiste : « On sait qu'on ne va pas toucher tout le monde. Mais si on en accroche 1 ou 2 %, c'est déjà gagné. » L'engouement constaté laisse entrevoir une pérennisation de l'événement, qui pourrait à l'avenir compléter les traditionnelles Journées du patrimoine.
Au-delà de la simple découverte technique, ce forum porte une ambition plus large : reconstruire une certaine idée du travail, concrète, tangible et valorisante. En plongeant les jeunes dans le bruit des outils, l'odeur des matériaux et le contact direct avec la matière, il semble avoir trouvé une formule qui fait son effet et pourrait bien inspirer d'autres initiatives similaires.



