Vendargues distinguée par le prix controversé de 'La France Moche' 2025
La commune de Vendargues dans l'Hérault vient de recevoir le prix de "La France Moche" 2025 décerné par l'association Paysages de France. Cette distinction peu enviable récompense, ou plutôt pointe du doigt, la concentration exceptionnelle de panneaux publicitaires à l'entrée de la ville le long de la route nationale 113. Cette "forêt publicitaire" selon les termes de l'association, illustre les tensions persistantes entre développement économique et préservation des paysages.
Un prix qui ne fait pas l'unanimité
Le maire de Vendargues, Guy Lauret, n'a pas caché son mécontentement face à cette distinction. "On oppose la France moche à la France qui travaille, celle qui se lève le matin et créé des richesses", s'est agacé l'élu. Il conteste la méthodologie du prix, arguant que la photo primée a été prise à l'entrée d'une zone d'activités et cadrée uniquement sur quelques panneaux, ne reflétant pas la réalité globale de sa commune.
Jean-Marie Delalande, président de Paysages de France, nuance cependant cette critique. "Vendargues est une très jolie ville avec un cœur de village agréable. Il y a juste, comme dans de nombreuses autres communes, des lieux particulièrement dégradés", précise-t-il. L'association insiste sur le fait que son objectif n'est pas de stigmatiser les communes mais de sensibiliser élus et citoyens aux réglementations encadrant l'affichage publicitaire.
Le concept de 'France moche' : une préoccupation ancienne
Le terme "France moche" a été popularisé par le magazine Télérama en 2010 pour décrire l'étalement urbain et les zones commerciales inesthétiques héritées des années 1960-1970. Paysages de France a repris ce concept pour créer un prix annuel qui met en lumière les atteintes aux paysages, avec quatre catégories distinctes.
Vendargues succède ainsi à Moussac (2022) et Alès (2020), deux communes gardoises également "récompensées" pour leur prolifération de panneaux publicitaires. Ces distinctions ont parfois des effets positifs : Alès a supprimé une quarantaine de dispositifs après avoir reçu le prix, tandis que Moussac a nettoyé son mur quatre mois après sa distinction.
La complexité de la réglementation publicitaire
La situation de Vendargues illustre les difficultés d'application des règlements locaux de publicité (RLP). La commune dépend du Règlement Local de Publicité Intercommunal (RLPI) de la Métropole de Montpellier, finalisé en 2021 avec l'ambition de réduire de 25% la publicité sur le territoire.
Bruno Paternot, élu délégué en charge du dossier à la Métropole, explique : "Les maires ont fait le choix de conserver leur pouvoir de police en matière de respect des règles de publicité pour garder la maîtrise de l'image de leur ville. Mais on a vu se mettre en place des politiques très différentes entre les communes."
Selon Jean-Marie Delalande, sur la zone primée à Vendargues, une dizaine de pré-enseignes situées au bord d'une vigne seraient illégales car situées hors agglomération. Les autres panneaux, bien que légaux, devront être regroupés sur un seul dispositif d'ici 2027 selon les règles du RLPI local.
Au-delà des panneaux : la requalification des sites industriels
La "France moche" ne se limite pas aux panneaux publicitaires. L'article évoque également le cas de Canet, près de Clermont-l'Hérault, où une ancienne usine de traitement de raisin, abandonnée depuis 1995, constitue "une verrue à la sortie de la ville" selon les habitants.
Le maire Claude Revel a imaginé un projet de requalification incluant un hôtel, un restaurant et un théâtre de verdure, mais le projet a reçu un avis défavorable de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), illustrant les difficultés administratives de telles transformations.
Une prise de conscience progressive
Malgré les controverses, le prix de "La France Moche" participe à une prise de conscience croissante sur les questions d'aménagement du territoire. Des projets de requalification émergent çà et là, comme à Nîmes avec la Zac du Marché gare sur la RN113 ou aux entrées de Sète.
Le maire de Vendargues lui-même, tout en contestant le prix, a admis concernant la forêt de panneaux : "On travaillera dessus". Une promesse qui montre que même les élus les plus critiques reconnaissent la nécessité d'améliorer l'esthétique de leur territoire.
L'association Paysages de France, au-delà de la médiatisation annuelle de son prix, poursuit un travail de fond : 104 jugements positifs obtenus devant les tribunaux administratifs, participation à la rédaction de règlements locaux, et expertise technique auprès des collectivités pour naviguer dans le code complexe de l'environnement qui régit l'affichage publicitaire.



