Ustaritz : une croissance démographique spectaculaire mais un centre-bourg déserté
La commune d'Ustaritz, située en périphérie du BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz), présente un paradoxe frappant. Alors que sa population a plus que doublé depuis 1975, passant de 2 841 à 7 684 habitants en 2022 selon l'Insee, et devrait dépasser les 8 000 personnes en 2025, le centre-bourg semble souvent vide en semaine. Le bruit des travaux de la future médiathèque résonne autour de la mairie, mais les passants se font rares, illustrant une réalité préoccupante : Ustaritz est devenue une ville-dortoir.
Le constat amer des habitants historiques
Une Uztaritzarde de naissance, après soixante-quinze années de vie dans la commune, dresse un bilan sans appel : « Nous sommes passés d'un village à une ville-dortoir. Les gens ne se connaissent plus et partent travailler le matin et rentrent chez eux le soir. » Ce sentiment est partagé par de nombreux résidents qui voient leur ville se transformer sous l'effet de la pression immobilière et de l'attractivité économique du BAB. Près de la moitié des emplois sont concentrés dans le secteur du BAB, poussant de nombreux travailleurs à s'installer à Ustaritz pour se loger, mais à y vivre peu.
Les enjeux des élections municipales : recréer du lien
Le sujet était une préoccupation majeure lors des municipales de 2020 et le reste aujourd'hui. Les deux candidats en lice, Piero Rouget et Bruno Cendrès, proposent des solutions pour revitaliser la vie locale. Piero Rouget, issu de la majorité sortante, s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur Bruno Carrère. Il mise sur la création d'un véritable centre-bourg autour de la mairie, avec la médiathèque dont l'ouverture est prévue pour septembre 2027. Ce bâtiment de 900 mètres carrés accueillera une ludothèque et une salle de spectacle. Il évoque également un projet de pôle culturel basque centré sur le château Lota et plus de cinq kilomètres de pistes cyclables et piétonnes pour connecter les quartiers.
Bruno Cendrès, de son côté, juge ces infrastructures insuffisantes. Son premier levier est le développement du tissu associatif, avec la création d'une salle des fêtes près de la piscine. Il souligne que les 80 associations de la ville sont à l'étroit, citant l'exemple du club du troisième âge qui a dû célébrer son cinquantième anniversaire à Jatxou. Il propose aussi l'exploitation du lac Errepiragaraia et d'un « city parc » près du terrain de foot. Gilles Desgrolard, conseiller municipal de l'opposition, résume l'objectif : « Le soir, il faudrait que les travailleurs reviennent à Ustaritz au lieu d'aller se balader à la Chambre d'Amour à Anglet. »
Développer l'emploi pour ancrer la population
Stimuler l'activité locale est crucial pour éviter l'exode quotidien. Selon l'Insee en 2022, la population active représente 3 880 personnes, mais seulement 1 069 emplois sont présents sur la commune selon l'Urssaf. Piero Rouget mise sur la zone d'activité de Leihorrondo et le foncier disponible, comme l'étage inoccupé de l'ancienne gare ou l'ancienne minoterie, pour développer le tertiaire. Il veut favoriser l'implantation de professions libérales, comme un orthodontiste ou des kinésithérapeutes.
Bruno Cendrès propose de revoir le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Il critique le déclassement de zones comme celle où un E.Leclerc devait être construit, devenues non constructibles, et plaide pour un PLUi plus cohérent pour redévelopper des zones artisanales et commerciales. Il insiste aussi sur la nécessité de logements sociaux et le bail réel solidaire (BRS) pour accueillir les jeunes travailleurs.
En somme, Ustaritz fait face à un défi de taille : transformer sa croissance démographique en vitalité locale. Les propositions des candidats aux municipales visent à recréer un esprit de village dans une ville en expansion, où le stationnement facile ne doit pas être le seul avantage.



