Le hameau de Saint-Sauveur-des-Pourcils, dans le Gard, est l'objectif de cette randonnée emblématique. Le nom un peu sinistre de cette balade ne doit pas décourager les promeneurs : le site, proche du lac du Bonheur et de l’abîme de Bramabiau, est enchanteur et chargé d’histoire.
Un cadre naturel exceptionnel
À près de 1 000 m d'altitude, au pied de l'Aigoual, le village de Saint-Sauveur-Camprieu compte quelque 200 habitants à l'année mais bien plus en été. Estivants, sportifs, randonneurs viennent ici profiter de l'air pur, de la fraîcheur et d'espaces naturels exceptionnels. Le bien nommé lac du Bonheur a tout d'une carte postale avec ses eaux d'un bleu profond, entouré des verts pâturages des contreforts de l'Aigoual.
Mais le bonheur est fragile. À quelques centaines de mètres de la commune, la rivière du Bonheur disparaît sous terre dans ce qu'on appelle la perte du Bonheur, devient souterraine avant de réapparaître 700 m plus loin, traversant l'impressionnant abîme de Bramabiau dont elle émerge de façon spectaculaire avec sa célèbre cascade. La rivière change alors de nom pour devenir le Bramabiau.
Le sentier des morts : une histoire fascinante
C'est ce Bramabiau que l'on traverse en empruntant le sentier des morts. Le nom, peu engageant, cache une randonnée bucolique, appréciable en été car elle se déroule en grande partie en sous-bois. Son départ se trouve au niveau du parking du stade, près de la pizzeria. Au début du sentier, un panneau explique ce curieux nom.
À l'origine, l'église paroissiale et le cimetière se situaient dans le hameau de Saint-Sauveur-des-Pourcils, à 3 km du village. Les personnes décédées étaient amenées à dos d'homme (ou sur une luge en hiver) jusqu'au cimetière par ce chemin, équipé de haltes matérialisées par des croix. Le chemin a été abandonné en 1872 lors de la création d'un nouveau cimetière à Camprieu.
Le hameau de Saint-Sauveur-des-Pourcils existe toujours, site enchanteur en pleine forêt qui fut le berceau de la commune. On y trouve l'ancienne église et son cimetière, parfaitement entretenus par la commune, ainsi qu'un ancien domaine agricole aux allures de petit château et des maisons forestières appartenant à l'ONF. Ces maisons, aujourd'hui inoccupées, sont en attente d'une nouvelle vie grâce à un Appel à manifestation d'intérêt lancé en 2025 par de nombreux partenaires (ONF, commune, PETR, communauté de communes, Parc national des Cévennes) pour des porteurs de projets dans le tourisme, l'agriculture, la culture.
Un cimetière unique en France
Adossé à la grande église, le cimetière est un site quasi unique en France car il regroupe des tombes de familles de religion catholique, orthodoxe, protestante, juive et musulmane, témoignage de l'héritage de cette terre cévenole. Le hameau de Villemagne a en effet accueilli jusqu'à 2 000 habitants dont 600 mineurs lors de l'exploitation d'une mine de plomb argentifère.
Pour parvenir au hameau, il faut d'abord suivre un charmant petit chemin cévenol bordé de murets en pierre qui descend dans la forêt. On y croise des sources, des rochers moussus, de nombreuses variétés d'arbres et de fleurs, jusqu'à arriver à une passerelle enjambant le Bramabiau. En aval du pont, une halte s'impose sur une petite plage au bord de la rivière. Un rafraîchissement bienvenu car, sitôt le pont franchi, le chemin remonte pour arriver au hameau abandonné.
On traverse un arboretum dont les panneaux sont malheureusement devenus peu lisibles mais qui rappelle que l'Aigoual, totalement déboisé et dénudé à la fin du XIXe siècle, a fait l'objet d'un pharaonique programme de reboisement. Des essences diverses et expérimentales y coexistent toujours. Le chemin traverse ensuite la ferme de la Boissière, belle bâtisse cévenole abandonnée, avant de déboucher sur le site enchanteur de Saint-Sauveur-des-Pourcils.
Deux options de retour
On peut choisir de rebrousser chemin et de revenir par le sentier pris à l'aller, soit environ 6 km aller-retour. Mais il faudra remonter tout ce qu'on a descendu (environ 230 m de dénivelé). Autre option, revenir par une boucle (9 km environ au total) dont le dénivelé est bien plus progressif. Le sentier serpente encore dans la forêt jusqu'à rejoindre le GR qui croise le chemin de l'abîme de Bramabiau. La visite de ce site exceptionnel s'impose (ouvert de 10 h à 18 h en été). Une option qui permet aussi de se rafraîchir en ces temps de canicule : il y fait 10 °C toute l'année.
Le retour à Camprieu se fait à découvert en sortant de la forêt. En chemin, impossible de ne pas avoir une pensée pour tous les vivants qui ont fait ce chemin par tous les temps pour accompagner un proche dans sa dernière demeure. Le sentier ne présente pas de difficultés particulières, même si des passages empierrés en descente demandent un peu de vigilance, mais il faut s'imaginer le parcourir avec un cercueil sur son dos pour mesurer l'effort effectué.
Cette randonnée est disponible notamment sur le cartoguide Massif de l'Aigoual de Gard Tourisme, ou sur le site internet de la destination.



