Projet des Capucins à Bordeaux : la gauche radicale dénonce une gentrification
Capucins : la gauche radicale dénonce une gentrification

La gauche radicale dénonce le projet « antisocial » du maire et son entrée en matière « sécuritaire »

Que va faire Thomas Cazenave des Capucins ? Nordine Raymond, porte-parole bordelais de La France insoumise (LFI, 9,3 % au premier tour des municipales), le prédit : « Plus de sécurité, plus de caméras », une halle proprette « où l'on vient boire des verres et pas se nourrir » et des « commerces de qualité, donc on suppose, pas des kebabs, des boucheries halals ou des épiceries africaines, qui sont pourtant essentielles dans un quartier multiculturel ». Voilà le projet que la gauche radicale prête au nouveau maire dans ce « dernier quartier n'ayant pas encore été gentrifié par une politique sécuritaire d'expulsion des classes populaires ».

En écho sur les réseaux sociaux, on trouve la vidéo d'une militante de Révolution permanente (0,89 %), pour qui le maire fait place nette à une gentrification « que la droite va intensifier, après un mandat écologiste qui en a posé les fondements ». Ainsi, gauche et droite sont accusées de renchérir ces quartiers au profit d'un mode de vie « bobo » dans un décor plus ou moins standardisé. On ne sait pas bien en quoi faire respecter la loi empêcherait l'authenticité cosmopolite du quartier, mais la gauche radicale semble tenir là son combat-symbole du mandat.

Risques de plus-value immobilière

Vision romantique d'un bastion populaire préservé des rénovations précédentes, alors que même Saint-Michel, repavé et constellé de bars et restaurants à la mode, a cédé aux supérettes de la grande distribution ? Pas si simple : la précédente municipalité (Verts-PS-PC) n'a pas négligé le dossier, pour éviter une gestion « police, police, police », comme dit Stéphane Pfeiffer, ex-adjoint à l'habitat et l'urbanisme, bien conscient du risque d'une « tendance à la gentrification » du quartier. Plusieurs actions étaient prévues pour travailler sur « les pieds d'immeuble » vides de la rue Élie-Gintrac, propices aux trafics, entre autres traitements des « immeubles en péril », « diversification des commerces » – épiceries « communautaires » comprises – ou ce que peut gérer InCité, en lien avec l'association Élie ta rue.

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Stéphane Pfeiffer développe le besoin de « créer du logement social pour garder les classes populaires » là où les risques de plus-values immobilières signeraient « la vraie gentrification ». Des études et actions avaient été lancées sous la précédente mandature. Sans minorer les enjeux de réduire les « nuisances », les « trafics » ou le « bruit », il menait « les deux de front », l'angle « sécuritaire » et « social ». « À aucun moment, Thomas Cazenave n'a vraiment dit ce qu'il voulait faire, conserver la mixité sociale ou pas. »

Un projet « ni de droite, ni de gauche »

En tout cas, Thomas Cazenave parlait d'un projet « ni de droite, ni de gauche », insistant sur le besoin de faire du « ventre de Bordeaux », un lieu emblématique qui incarne « la gastronomie » et « le savoir-vivre de la ville ». Au mitan de la campagne, il en avait fait « le » projet urbain de la mandature, préférant investir sur le secteur que sur les allées de Tourny – ce projet « inutile » à 13 millions d'euros. Et au-delà de la rénovation du marché des Capucins – décor, concept, façades ravalées et illuminées –, le désormais maire évoquait déjà le besoin de s'attaquer de front aux « commerces de façade », qui cachent des activités « illégales ou du blanchiment », préalable à une réhabilitation des logements dégradés ou insalubres. Selon le plan dressé en mars, suivront un plan « massif » de ravalement des façades et la rénovation complète de l'espace public.

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