Bègles : l'urbanisme au cœur d'une bataille électorale acharnée
Le débat sur l'urbanisme, maîtrisé ou non, s'impose comme un sujet incontournable de la campagne municipale à Bègles. Il mobilise particulièrement les concurrents du maire sortant Clément Rossignol Puech, pourtant écologiste affirmé. Dans le collimateur des opposants, le vaste programme d'aménagement Euratlantique, prévu sur les bords de la Garonne à l'horizon 2040-2045, suscite de vives critiques et divise la scène politique locale.
Des accusations cinglantes contre le projet phare
Christian Bagate, candidat sans étiquette, brandit l'épouvantail d'une « urbanisation galopante » avec « 500 000 m² de plancher ! ». De son côté, Loïc Prud'homme, candidat de La France insoumise (LFI), dénonce une « opacité » criante, affirmant que « les habitants ne sont pas là pour regarder monter les grues ». Lors de réunions publiques, les deux hommes n'hésitent pas à envoyer une volée de bois vert au programme porté par l'opérateur public Euratlantique, dans la continuité des quartiers de la gare Saint-Jean et de la rive droite.
L'urbanisme dit « maîtrisé » en prend pour son grade, et Clément Rossignol Puech, bien que maire écologiste, se voit accusé de dérouler le tapis rouge aux promoteurs. Le premier magistrat adopte une posture fataliste, renvoyant ses contempteurs aux facilités rhétoriques d'une campagne électorale. « De tout temps, le maire sortant est qualifié de bétonneur, quelle que soit sa couleur politique. En 2020, les 28 maires de la Métropole l'étaient tous », rappelle-t-il.
Une ZAC de 80 hectares qui alimente la polémique
Le hasard du calendrier électoral a ancré l'opération dans le débat public. Alors que la concertation est suspendue pour cause d'élections, un arrêté préfectoral en date du 7 janvier a entériné la création de Bègles Garonne, une Zone d'aménagement concertée (ZAC) de 80 hectares promise à une refonte d'envergure. Les projections tablent sur une fourchette haute de 9 000 nouveaux habitants à l'horizon 2040-2045, avec des premiers chantiers annoncés pour 2028.
Ce quartier, composé d'échoppes, de PME, de concessions automobiles, de friches, d'une avenue dégradée et de poches de verdure le long des berges, est au centre des préoccupations. Christian Bagate, qui a déjà ferraillé sur le sujet en Conseil municipal, cingle : « On crée une ville dans un village », jouant avec malice sur le slogan béglais « village urbain ». Il propose une voie médiane à 2 500 logements et envisage même un référendum citoyen pour remettre le projet à plat.
Transparence et démocratie locale en question
Loïc Prud'homme, député LFI de la circonscription et candidat surprise face au maire sortant, estime que ce dossier le rend légitime. Il critique une méthode qu'il juge inversée : « S'il s'agit d'empiler 10 000 habitants dans du R+14 pour satisfaire les équilibres économiques des promoteurs, je ne suis pas d'accord ». Il dénonce un manque de transparence et une verticalité des décisions, typique selon lui des opérations d'intérêt national.
Prud'homme reconnaît toutefois l'existence d'une concertation, « indéniable », mais doute que les remontées aient été prises en compte. Il rapporte un échange révélateur lors d'une réunion à la mairie : « Il n'y avait pas un terrain de jeu. Un des intervenants a demandé combien mesurait un terrain de foot… Et ces gens prétendent construire la ville ».
La défense du maire sortant face aux critiques
Clément Rossignol Puech rétorque que ses concurrents « essaient de faire monter le sujet » et invite à ne pas tomber dans la caricature. Il assure que, même dans le quartier ouvrier de Sembat intégré à la ZAC, « les riverains ne parlent pas tous d'Euratlantique, loin de là ». Sur le fond, il défend le projet en arguant que les 5 000 logements ne seront pas atteints et que des immeubles en R+12 ou R+13 « ne sont pas actés ».
Le maire sortant met en avant sa position de président bénévole du conseil d'administration d'Euratlantique, qui lui permettrait un lien plus fluide avec le préfet et les équipes, même s'il concède que ce rôle n'est pas décisionnaire. La bataille autour de l'urbanisme à Bègles illustre ainsi les tensions entre développement territorial, préservation du cadre de vie et exigences démocratiques, dans un contexte électoral des plus tendus.



