Risque routier professionnel : mobilisation dans les Alpes-Maritimes
Risque routier pro : mobilisation dans les Alpes-Maritimes

La route demeure la première cause de mortalité au travail, qu'il s'agisse des trajets domicile-travail ou des déplacements professionnels. Dans les Alpes-Maritimes, les autorités et les services de santé au travail multiplient les actions de sensibilisation pour endiguer ce fléau.

Un bilan alarmant dans le département

Selon la préfecture des Alpes-Maritimes, 17 accidents mortels liés aux déplacements professionnels ont été recensés ces cinq dernières années. Le bilan distingue les trajets pendulaires (domicile-travail), qui concentrent la majorité des sinistres avec 942 accidents, et les trajets de mission (pendant les heures de travail), responsables de 629 accidents. La tranche des 35-44 ans est particulièrement touchée, et les deux-roues motorisés, prisés pour leur facilité de stationnement, sont en première ligne.

Des professions plus exposées que d'autres

« Les métiers du transport et de la livraison, tout comme les facteurs ou les ambulanciers, sont plus exposés », explique Nadia Hulin, coordinatrice et cheffe du bureau sécurité routière à la préfecture des Alpes-Maritimes. Ces professionnels effectuent souvent les mêmes trajets, ce qui peut endormir la vigilance. Vincent Parinaud, secrétaire général de la Fédération Nationale des Transports Routiers des Alpes-Maritimes et du Var, ajoute : « Un simple permis B peut suffire pour être livreur quand être conducteur de poids-lourds exige une formation spécifique. Les réflexes ne sont pas toujours les mêmes. »

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Les facteurs de risque : stress, trafic et addictions

Le docteur Virginie Dovan, médecin du travail chez AMETRA 06 (Association pour la médecine du travail), souligne le caractère multifactoriel du risque routier professionnel : « Il est lié à l'humain, mais aussi à l'organisation, au stress ou à la culture de l'entreprise. » Vincent Parinaud précise que le trafic dans les Alpes-Maritimes est « extrêmement dense et anxiogène, surtout avec l'afflux touristique qui s'ajoute aux déplacements pendulaires ». L'A8, l'un des axes les plus fréquentés de France, voit passer 18 à 22 millions de véhicules par an, avec jusqu'à 140 000 véhicules par jour sur certaines sections près de Nice.

Les comportements à risque les plus courants sont la vitesse, l'alcool et l'usage du téléphone au volant, ce dernier multipliant par cinq le risque d'accident. « Tout le monde sait qu'il ne faut pas le faire, mais on s'habitue, on pense avoir le temps de regarder un SMS et on perd en vigilance », regrette Nadia Hulin. Les équipes de l'AMETRA 06 repèrent également de nombreuses conduites addictives : alcool, cannabis, cocaïne, CBD ou protoxyde d'azote.

Le rôle clé de la médecine du travail

Lors des visites médicales, les médecins du travail jouent un rôle d'alerte et de prévention. « Nous évaluons le type de transport, le temps de trajet et l'état de santé. Une pathologie comme l'apnée du sommeil est un signal d'alarme car elle peut entraîner une somnolence en journée », précise Eugénie Balp, infirmière en santé au travail.

Des actions de sensibilisation en hausse

La préfecture des Alpes-Maritimes s'appuie sur un réseau de 50 intervenants départementaux pour mener des actions concrètes. La « Charte des 7 engagements pour une route plus sûre » (port de la ceinture, refus du téléphone, respect des vitesses...) a déjà été signée par une centaine d'employeurs maralpins. En 2025, 30 journées de prévention ont eu lieu, touchant plus de 5 300 salariés et patrons. De son côté, l'AMETRA 06 a vu le nombre de salariés sensibilisés passer de 75 en 2024 à 220 en 2025. Les TPE-PME et le secteur du bâtiment restent plus difficiles à atteindre en raison des contraintes de temps sur les chantiers ; des actions ciblées sont menées directement dans les CFA auprès des apprentis.

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Des solutions organisationnelles pour réduire les risques

Parmi les solutions mises en place figurent des horaires flexibles pour éviter le stress des bouchons, des livraisons matinales pour les poids-lourds, et le télétravail qui réduit l'exposition aux trajets pendulaires. « Aucun patron n'incite son salarié à déroger aux règles de sécurité pour livrer à temps », commente Vincent Parinaud. Enfin, l'hygiène de vie est primordiale : « Un bon sommeil, une alimentation équilibrée, des tests de vue et d'audition réguliers sont les premiers remparts contre les problèmes au volant », conclut Eugénie Balp.