Suicide : une psychiatre du CHU de Montpellier brise le tabou
Suicide : une psychiatre du CHU de Montpellier brise le tabou

“Le suicide reste tabou en société” : une psychiatre du CHU de Montpellier appelle à en parler

À l’occasion du mois de la prévention du suicide, baptisé “Septembre jaune”, le CHU de Montpellier organise des stands d’information tous les mercredis de septembre. Le prochain aura lieu ce mercredi 24 septembre à l’hôpital Gui de Chauliac. L’objectif : briser le silence autour d’un sujet encore trop souvent occulté et réduire le nombre de passages à l’acte.

Lucile Villain, psychiatre au CHU et coordinatrice du centre d’appel 3114 de Montpellier, insiste : “En parler, c’est déjà agir.” Ce numéro national, gratuit et accessible 24h/24, reçoit environ 150 appels par jour dans la région montpelliéraine, et jusqu’à 1 500 à l’échelle nationale. “L’écoute est la première aide. Des infirmiers et psychologues formés répondent pour apaiser la crise”, explique-t-elle. Cependant, elle reconnaît un problème de temps d’attente, chaque région ayant son propre centre, mais la ligne pouvant basculer ailleurs.

Le suicide reste un fléau majeur : en 2023, l’Occitanie a enregistré 770 décès par suicide, et la France compte 9 200 suicides par an, ainsi que 200 000 tentatives. Ces chiffres dépassent largement ceux des accidents de la route, mais le sujet est bien moins médiatisé. “Le suicide reste tabou en société”, déplore la psychiatre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Qui est concerné ?

Personne n’est à l’abri. “Les facteurs de risque correspondent à certaines périodes de la vie, comme l’adolescence ou la ménopause. Une séparation, un licenciement ou un deuil brutal peuvent déclencher des idées suicidaires”, précise Lucile Villain. Les hommes sont particulièrement vulnérables : trois quarts des passages à l’acte les concernent. “L’éducation genrée ne les incite pas à demander de l’aide. Ils ont plus accès aux moyens létaux et adoptent davantage de comportements à risque”, ajoute-t-elle. En revanche, les femmes demandent plus souvent de l’aide et reconnaissent plus facilement leur mal-être.

Les signes avant-coureurs

Des signes de souffrance peuvent apparaître dans toutes les sphères de la vie : douleurs physiques, isolement, baisse des notes, anxiété, rumination, difficultés d’endormissement, sommeil de mauvaise qualité. “Quand on s’inquiète pour un proche, il faut le verbaliser, sans culpabiliser. L’écoute est primordiale pour que la personne puisse exprimer ce qu’elle ressent”, conseille la psychiatre.

Guérit-on d’une crise suicidaire ?

Oui, selon Lucile Villain, à condition d’apaiser la souffrance par d’autres moyens. “On s’en sort quand on parvient à se projeter et à mettre en place d’autres actions.” Les patients accueillis aux urgences de Lapeyronie bénéficient d’une prise en charge psychologique, avec orientation vers l’UCHD (unité de courte durée) ou l’UPUP (unité d’hospitalisation de semaine).

Pour les proches endeuillés, la plateforme Espoir offre un soutien spécifique. “Il y a souvent un sentiment de culpabilité et de honte. Or, la personne qui se suicide est guidée par la souffrance, elle n’est pas dans son état cognitif normal”, rappelle-t-elle.

La prévention fonctionne

Lucile Villain plaide pour davantage de prévention : “Ça marche. En vingt ans, le nombre de suicides a diminué de 30 %.” À l’occasion de Septembre jaune, le CHU de Montpellier propose un stand de sensibilisation ce mercredi 24 septembre, de 9h à 16h, dans le hall de l’hôpital Gui de Chauliac. L’occasion de rappeler que le 3114 est là pour écouter, sans jugement.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale