Soins palliatifs à Saintes : un service essentiel en péril par manque de médecins
Fondée en 2017 au sein du groupe hospitalier de Saintes, l'unité territoriale de soins palliatifs accompagne chaque année près de 1 400 patients. Pourtant, ce service vital se trouve aujourd'hui au bord de la rupture, confronté à une pénurie aiguë de médecins qui menace son existence même.
Dépasser les idées reçues sur les soins palliatifs
Vanessa Provost, cadre de santé, et le Dr Isabelle Masson, cheffe de service, insistent sur une réalité méconnue : « Dans la pensée de beaucoup de gens, entrer en soins palliatifs égale mourir rapidement. En fait non. On est aussi là pour accueillir des gens très instables sur le plan des symptômes, et organiser un retour à la maison ou un départ vers une autre structure ».
Le service dispose de 12 lits qui accueillent 350 patients par an pour une durée moyenne de douze jours. Bien que 70% des cas correspondent effectivement à des fins de vie, l'ambiance dans ces locaux anciennement occupés par la psychiatrie n'a rien de funèbre, baignée par les sourires et l'engagement du personnel soignant.
Une attractivité paradoxale pour les paramédicaux
« On a un très bel outil de travail, des missions qui nous motivent, des valeurs qui sont fortes », souligne le Dr Masson. Cette dynamique positive se traduit par de nombreuses candidatures pour les postes paramédicaux, attirés par la qualité des soins et le temps dédié à chaque patient.
L'unité a même développé depuis mai 2025 une formule innovante d'hôpital de jour ambulatoire, permettant aux patients de rencontrer plusieurs spécialistes en une seule journée et d'éviter ainsi des hospitalisations prolongées.
Le cri d'alarme face à la pénurie médicale
Malgré cet engagement, l'équipe se heurte à un manque criant de médecins : seulement 1,9 équivalent temps plein alors qu'il en faudrait 5 pour couvrir l'ensemble des besoins de la filière. « Je m'épuise un peu », confie le Dr Masson, qui tire la sonnette d'alarme pour éviter une fermeture du service.
Cette pénurie intervient dans un contexte de vieillissement de la population et d'augmentation des pathologies chroniques. Les cancers représentent désormais 80% des patients, auxquels s'ajoutent des pathologies neurologiques particulièrement chronophages.
Un débat national aux répercussions locales
Alors que l'Assemblée nationale débat du texte sur la fin de vie ce lundi 16 février, le Dr Masson rappelle l'urgence : « Le premier volet soutient le développement des soins palliatifs. Mais pour cela, il faut des gens formés ! ».
L'unité mobile, lancée en 1999, rayonne sur un vaste territoire couvrant Saint-Jean-d'Angély, Saintes, Jonzac et Royan, soit plus de la moitié du département. Elle intervient dans les Ehpad, les établissements spécialisés ou à domicile, avec une file active annuelle de 1 300 à 1 400 nouveaux patients.
Face aux demandes complexes, le service applique rigoureusement la loi Claeys-Leonetti, ayant recours à la sédation profonde dans 10 à 12 cas par an lorsque la souffrance persiste. L'objectif reste inchangé : soulager à tout prix, dans un cadre éthique et humain qui risque aujourd'hui de disparaître par manque de moyens médicaux.



