Un robot révolutionnaire au CHU de Nîmes : Epione promet de diviser par trois les récidives de cancer du foie
Le taux de récidive locale pourrait passer de 30 % à 10 % grâce à cette technologie. Le CHU de Nîmes vient de lancer le projet Quantum-Nemausa autour du robot Epione, une technologie française de radiologie interventionnelle assistée par intelligence artificielle. Objectif : traiter les tumeurs du foie avec une précision inédite, réduire les complications et faire de Nîmes un centre de référence national en cancérologie mini-invasive.
Epione : un bras robotisé au service de la précision
Dans une salle de radiologie interventionnelle du CHU de Nîmes, un bras robotisé s’approche lentement du patient. Baptisé Epione, cet équipement développé par l’entreprise montpelliéraine Quantum Surgical doit permettre aux équipes nîmoises de franchir un cap dans le traitement des tumeurs hépatiques. Le projet, nommé Quantum-Nemausa par le Fonds de dotation du CHU a un objectif clair : financer l’expérimentation puis l’installation durable de cette technologie de pointe.
Le dispositif repose sur une technique appelée thermoablation percutanée. Concrètement, les radiologues introduisent une aiguille dans la tumeur afin de la détruire par la chaleur, sans chirurgie lourde. L’apport du robot réside dans sa capacité à guider ce geste avec une précision millimétrique grâce à la planification 3D, au scanner et à l’intelligence artificielle.
« Avec Epione, nous passons d’une médecine conventionnelle à une médecine de précision », résume le professeur Julien Frandon, responsable de l’imagerie interventionnelle au CHU de Nîmes. « Pour des patients souvent fragilisés par la maladie, cela signifie moins de douleurs, moins de complications et l’espoir d’une meilleure survie. Cela permet d’harmoniser les pratiques et de traiter tout le monde de la même manière, avec la même précision. »
Une précision impossible à atteindre jusque-là
Pour le docteur Jean Goupil, chef du service de radiologie – imagerie médicale, ce robot représente une avancée majeure dans la pratique quotidienne des radiologues interventionnels. « Le robot permet de positionner l’aiguille dans la lésion avec une précision aujourd’hui inégalée », explique-t-il. « Nous pouvons simuler l’intervention, choisir la meilleure trajectoire et sécuriser le geste avant même de commencer. »
Le système fonctionne grâce à un bras articulé équipé de capteurs visuels capables de repérer des marqueurs placés sur le patient. Le radiologue planifie ensuite la trajectoire idéale sur un écran tactile. Une fois la cible validée, le robot se positionne automatiquement pour guider l’insertion de l’aiguille.
Cette précision est essentielle dans le traitement des cancers du foie. Car au-delà de la destruction de la tumeur, les médecins doivent aussi éliminer une marge de sécurité autour de celle-ci afin d’éviter les récidives. Selon les données présentées par le CHU, le taux de récidive locale pourrait passer de 30 % à 10 % grâce à cette technologie. Les complications graves pourraient également diminuer, passant de 8 % à 2 %. Autre bénéfice attendu : des hospitalisations plus courtes grâce à des interventions mini-invasives.
Un travail d’équipe ultra-technique
Si le robot attire tous les regards, les médecins rappellent qu’il ne remplace pas l’humain. Son efficacité dépend d’une coordination extrêmement précise entre radiologues, anesthésistes et manipulateurs radio. « Une fois que le scanner est réalisé, il ne faut surtout pas que le patient bouge », souligne Jean Goupil. « Les anesthésistes utilisent donc une ventilation spécifique pour maintenir un cycle respiratoire parfaitement constant. »
Le CHU de Nîmes a déjà réalisé ses premières interventions avec Epione. Les premiers résultats sont jugés « très satisfaisants » par les équipes médicales, qui espèrent désormais démontrer l’intérêt clinique du robot durant une phase d’expérimentation de deux ans.
Un financement encore à construire
Le projet représente un coût de 260 000 euros sur deux ans. Particularité : cette technologie n’est pas financée par l’Assurance maladie. Le CHU doit donc compter sur des mécènes, des entreprises et des donateurs privés pour faire vivre le programme. Le Rotary Club Nemausus a déjà versé 12 000 euros et d’autres partenaires locaux se mobilisent. L’Usam Nîmes Gard prévoit même une opération solidaire en octobre : chaque but marqué lors d’un match dédié donnera lieu à un don pour le projet.
« Nous voulons faire du CHU de Nîmes un centre de référence national pour la robotique interventionnelle », affirme Jean Olivier Arnaud, président du Fonds de dotation. « C’est un projet à la fois humain, scientifique et économique. » Au-delà de la technologie, le CHU voit aussi dans Quantum-Nemausa une vitrine du dynamisme médical régional. « Nous avons les ambitions des grands CHU », insiste Jérémy Rosier, directeur des affaires juridiques. « Aujourd’hui, Nîmes joue dans la cour des grands en matière d’innovation médicale. »



