Évoquer les conditions de vie des prisonniers, en France, c’est s’exposer au risque d’ouvrir tout grand les portes de la démagogie. Au café du commerce, la vox populi n’a pas de mots assez durs pour fustiger ces « criminels ». Ils s’entassent à trois dans une cellule de 9 m² ? « Bien fait pour leur gueule », éructent les uns. « On ferait mieux de s’occuper des victimes plutôt que de plaindre les coupables », s’indignent les autres. Il faudrait donc, au nom d’une conception de la justice réduite à la loi du talion, fermer les yeux sur ce qui se passe derrière ces murs ?
Une situation alarmante
« Une société se juge à l’état de ses prisons », théorisait Albert Camus. L’auteur de L’Étranger aurait été atterré par les chiffres dévoilés par la chancellerie. Au 1er mars, les établissements pénitentiaires étaient remplis à 137,5 %, avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places. Dans les maisons d’arrêt, où sont regroupées les courtes peines et les personnes en attente de jugement, ce taux culminait à 168,4 %. Sans espoir d’amélioration à court terme : la population carcérale augmente cinq fois plus vite que le nombre de nouvelles places – ce qui, entre parenthèses, met à bas le discours sur le prétendu « laxisme » des juges.
Traités comme des animaux
Cette situation, dénoncée ce lundi par l’un des principaux syndicats de surveillants, nous a valu les foudres du Conseil de l’Europe. Nos lieux de détention, selon cette organisation, évolueraient vers des « entrepôts humains » – rien que ça ! Faut-il s’en moquer ? Bien sûr que non. La peine prévue par la loi, c’est la privation de liberté. Personne n’est condamné à faire ses besoins devant ses codétenus dans des pièces insalubres, glaciales en hiver et surchauffées en été. Ignorer ce scandale, c’est négliger le fait que la prison vise aussi à préparer la réinsertion. La société n’a aucun intérêt à récupérer des citoyens traités comme des animaux.
Ces détenus, présumés innocents, représentent près d’un quart du nombre total de prisonniers. L’UFAP-UNSA s’alarme notamment de 5 000 postes de gardiens non pourvus. Il est temps de réagir.



